Un spécialiste de l’archéologie biblique critiqué par ses pairs pour manque de rigueur

Depuis quelques années, on assiste à un retour de la passion pour l’archéologie en Israël. Les découvertes rapidement médiatisées se multiplient et inquiètent des universitaires qui demandent que l’annonce des inventions soit filtrée par des comités de pairs, avant toute présentation à la presse, pour éviter des déclarations peu rigoureuses.

Gershon Galil est un ancien président du département d’histoire juive de l’Université de Haïfa en Israël. Le 14 décembre dernier, ce professeur émérite a déclaré dans un reportage sur Channel 14 être parvenu à déchiffrer cinq nouvelles inscriptions du roi Ézéchias qui a régné aux VIIe et VIIIe siècles avant J.C.

Selon Galil, ce texte est « l’une des plus importantes découvertes archéologiques de tous les temps en Israël », car ce sont les inscriptions royales les plus complètes jamais découvertes. « Elles sont une preuve supplémentaire que les rois d’Israël et de Juda écrivaient des inscriptions royales qui indiquaient leur nom et leurs actes », a déclaré le professeur. Au-delà de l’invention, c’est son sens historique qu’a tenu à valoriser Galil pour qui « ces inscriptions soutiennent également la thèse selon laquelle les écritures du Livre des Rois sont basées sur des textes provenant de chroniques et d’inscriptions royales, et que la Bible reflète la réalité historique et non l’imagination ».

Ces derniers temps, le Pr Galil a multiplié les annonces de découvertes qui agacent le milieu universitaire, car elles sont précipitées et qu’il lui arrive de ne fournir aucune preuve. Ainsi, en mars 2022, il a annoncé dans les médias avoir découvert sur le mont Ebal une minuscule tablette comportant des inscriptions en hébreu, dont « YHWH », le nom de Dieu. Le chercheur a recouru à des scans de haute technologie à l’Académie des sciences de la République tchèque, à Prague.

La datation de l’artefact à 1 200 avant J.C. prouverait que les Hébreux disposaient déjà de l’écriture à leur arrivée sur la future terre d’Israël. « C’est un texte que l’on ne trouve que tous les 1 000 ans », a-t-il déclaré. Si la découverte a été faite par une équipe internationale d’archéologues, Galil l’a médiatisée auprès du grand public sans fournir d’images claires ou de scans permettant à ses pairs de les authentifier. L’objet avait été trouvé dans les gravats un terrain déjà fouillé dans les années 1980, ce qui complique fortement la datation.

Un problème de méthodologie discréditant les découvertes

La récente déclaration de Gilal quant à l’inscription du roi Ézéchias a été suivie d’une déclaration le 24 décembre de ses collègues dénonçant, sans le nommer, la publication de découvertes dans la presse populaire et sur les réseaux avant leur examen scientifique.

Après avoir rappelé, sans détailler, l’actualité récente des publications archéologiques, les 34 signataires rappellent que « l’un des fondements de toute recherche et de toute découverte est que les résultats doivent passer par un processus d’examen par les pairs avant la publication », pour vérifier la qualité, suggérer des améliorations et des commentaires et, dans certains cas, rejeter une suggestion.

Face à cette nécessaire prudence évoquée par ses pairs, le Pr Gilal a déclaré au Times of Israel que la lettre avait été écrite par des collègues « amers » et « jaloux », désireux de régler leurs comptes avec lui.

Le quotidien affirme dans cet article du 27 décembre qu’il lui avait plus d’une fois demandé, en octobre dernier, de prendre des photos en haute résolution de l’inscription d’Ézéchias. Le chercheur avait promis d’en livrer avant d’affirmer que son éditeur anonyme ne l’y autorisait pas, raconte le Times of Israel qui ajoute qu’il avait envoyé des copies dessinées à la main et des images en résolution trop basses pour être agrandies.

Jean Sarpédon

Crédit image : Shutterstock / ChameleonsEye

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