« Une culture de la peur » : En Corée du Nord, plus de 300 sites d’exécutions publiques viennent d’être dévoilés

« Les exécutions publiques sont là pour rappeler aux citoyens les positions politiques particulières de l’État. Mais la deuxième et plus puissante raison est qu’elle instille une culture de la peur chez les gens ordinaires. »

Il aura fallu 4 années de recherche au Transitional Justice Working Group (TJWG) pour aboutir à cette cartographie inédite des sites d’exécutions publiques en Corée du Nord. Les chercheurs ont interviewé pour ce faire plus de 600 transfuges nord-coréens et ont utilisé des images satellites pour géolocaliser les sites. Leur rapport vient d’être publié.

Grâce aux témoignages des transfuges, l’ONG a pu déterminer 3 types de sites : les sites d’exécution, les sites d’inhumation et les sites où les informations concernant ces actions sont gardées.

« La cartographie géographique des sites liés aux violations des droits de l’Homme fournit des informations importantes au sujet des pratiques de mise à mort et d’enterrement qui ne sont pas visibles dans les témoignages des personnes interrogées. »

En Corée du Nord, on vient en foule, souvent par contrainte, assister à ces exécutions par peloton d’exécution ou pendaison, sur des berges de rivière, des champs, des terrains de sport ou scolaires. Généralement, des centaines de personnes, mais parfois plus de 1000. Selon les résultats de l’enquête, 83% des personnes interrogées ont déjà assisté à une exécution publique. 53% y avaient été contraints. La plus jeune n’avait que 7 ans. Oh Sehyek, un transfuge qui a participé à ce rapport explique :

« Dans mon cas, ce n’était pas obligatoire. J’étais juste curieux, je voulais voir à quoi cela ressemblait. Mais parmi les réfugiés que nous avons interviewés, certains ont dit que la cheffe de leur district allait de maison en maison pour obliger les gens à y assister. Dans les écoles, des classes sont emmenées par leur professeur voir les exécutions. »

Sarah A. Son, directrice de recherche du TJWG dénonce auprès de Reuters « une culture de la peur »  :

« Les exécutions publiques sont là pour rappeler aux citoyens les positions politiques particulières de l’État. Mais la deuxième et plus puissante raison est qu’elle instille une culture de la peur chez les gens ordinaires. »

16% des personnes interrogées ont un membre de leur famille qui a été tué ou exécuté par les autorités nord-coréennes. Pour les familles des victimes, des investigations sur ces sites permettraient de « poursuivre le régime nord-coréen ».

Sur place, un bref procès est fait à l’accusé, qui arrive généralement sur le site, selon les témoignages, « à moitié mort ». Les accusations peuvent porter sur des crimes ou du trafic d’êtres humains, mais les membres du TJWG dénoncent le flou qui entoure ces jugements :

« Cependant, vue l’absence de procédure régulière dans le système judiciaire nord-coréen, il est difficile de savoir si les accusations annoncées lors d’une exécution correspondent effectivement à l’acte commis par l’accusé. »

La foule est passée au détecteur de métaux et les téléphones portables sont confisqués afin d’éviter tout enregistrement de l’exécution.

Tony Perkins, président de la Commission américaine pour la liberté religieuse dans le monde (USCIRF) a été interviewé dans le cadre de ce rapport par CBN. Il dénonce la persécution subie par les chrétiens. Pour lui, « la répression que l’on voit en Corée du Nord est incomparable » :

« La Corée du Nord est l’un des pires pays du monde en matière de liberté religieuse. Les gouvernements répressifs détestent la liberté religieuse. […] La tyrannie, la répression que nous voyons en Corée du Nord est incomparable. »

M.C.

Crédit Image : Lee von Gynz-Guethle / Shutterstock.com

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