Veilleurs et Nuit Debout, retour sur les violences de la Nuit du mercredi 8 Juin

Notre chroniqueur a pris soin de documenter ce billet en interviewant au téléphone deux acteurs des mouvements Nuit Debout et Veilleurs :

  • Louis Militant assidu aux réunions de Nuit Debout, mouvement né de la contestation de la loi El Khomri
  • Axel un des initiateurs du Mouvement des Veilleurs né de l’opposition à la loi TAUBIRA instituant le mariage de personnes de même sexe.

Nous restituons les lectures respectives des deux acteurs, celles de Axel et de Louis concernant la nuit du 8 Juin 2016 ou une soixantaine de veilleurs ont été violemment alpagués. Dans cet épilogue violent nous contextualisons l’environnement sociétal de ces deux mouvements pour comprendre la tentative de dialogue qui n’a pas eu lieu.

Rappel des contextes relativement à ce souci de rencontre Veilleurs et Nuit Debout

Initié par plusieurs personnes dont Axel ROKVAM et GAULTIER Bès le mouvement des veilleurs est né en Avril 2013 à la suite de « La Manif Pour Tous » contre la loi TAUBIRA. Ce mouvement d’inspiration pacifique s’est construit au-delà de la contestation facile, prenant le parti de la réflexion culturelle, se détournant d’une opposition farouche et radicale contre les lois injustes.

Le mouvement des veilleurs a occupé en France de nombreuses places, rassemblant des dizaines de personnes, voire des centaines de personnes dans de très nombreux lieux publics. Les veilleurs librement, ont été animés par le désir de partager des auteurs, d’identifier à travers la lecture de différents textes les origines de la déconstruction idéologique de l’homme tel qu’il est.

Ce mouvement depuis ses origines a été animé par le désir de lancer des passerelles pour réfléchir avec d’autres, y compris avec ceux qui s’opposent aux veilleurs, aux phénomènes qui sont de nature à aliéner l’identité de l’homme, à aliéner sa liberté.

Ainsi dans ce contexte de réflexions et de ce souci de rencontrer l’autre. Les veilleurs ont souhaité se rendre sur la place de la République pour partager une réflexion sur le thème du travail avec le dirigeant de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) Joseph Thouvenel, ce syndicaliste milite lui-même contre l’extension du travail du dimanche.

Axel ROKVAM souhaitant avec les acteurs de Nuit Debout, une réelle interaction du fait de partager une intuition commune sur les dimensions qui touchent aux phénomènes d’aliénation de l’homme. Ainsi pour GAULTIER Bès Jeune professeur agrégé, un autre acteur fondateur des Veilleurs, « Nuit debout part d’un combat légitime contre la précarité ». Pour Axel ROKVAM citant Charles Péguy « Nous vivons dans une société avec des ordres injustes qui cachent les pires désordres » et face à ces multiples désordres toujours pour Axel, « il y a nécessité de réfléchir aux formes de résistance ».   D’où ce souhait légitime de rencontrer les militants de Nuit Debout sur la place de la République ce Mercredi 8 juin. Comme les Veilleurs, « Nuit debout est un mouvement » rappelle Gaultier Bès « qui s’inscrit dans l’horizontalité, avec une absence de leader et une occupation de l’espace urbain. »

Des événements à l’inverse de ceux espérés par les Veilleurs

Or dans la Nuit de Mercredi, une vingtaine de personnes selon Louis que nous avons interviewé pour Info Chrétienne, se décrivant comme un militant de base, assidu aux réunions de Nuit Debout, 20 personnes particulièrement remontées, ont souhaité en découdre avec les veilleurs et les chasser de la place de la République. « Leur envie d’en découdre » m’indique Louis « n’a pas été approuvée par la majorité des militants de Nuit Debout ». Louis trouvant lui-même que toute opposition violente et discriminante viendrait à décrédibiliser ce mouvement de Nuit Debout né de la contestation de la loi sur le travail « La loi El Khomri ».

Les acteurs de Nuit Debout dans un langage violent non équivoque enjoigne l’ordre aux Veilleurs de quitter immédiatement la place de la république formant autour d’Axel Rokvam un essaim intimidant et agressif prêt à exécuter leurs menaces « Partez, on ne prendra pas la responsabilité d’assurer votre sécurité », leur assène de façon brutale un militant actif de Nuit Debout. Rappelons à nos lecteurs que des scènes de violences ont eu lieu que rapporte un journaliste du Figaro présent sur place, « Les veilleurs se sont déplacés rue de la Fontaine au roi, où la violence monte d’un cran. Pour intimider « les veilleurs», des militants «antifas» ont encerclé le rassemblement et distribué des coups, des veilleurs ont effectivement été blessés physiquement ». Selon une passante non Veilleur mais assistant à la veillée, témoin des exactions subies par les veilleurs, rapporte ce témoignage « les Antifa sont revenus mais en plus grand nombre et ils ont directement frappé, ils sont arrivés, lâches, sur le groupe assis par terre. Assenant, frappant des coups à même les gens, dans le ventre ».

Le dialogue interactif, l’échange constructif souhaité par les veilleurs est alors tombé à l’eau. « On leur a assuré qu’on ne venait pas pour empiéter sur leur territoire, mais simplement pour contribuer à leur réflexion sur le travail », commente Axel Rokvam.

Pour les auteurs de l’excellente revue dont nous reproduisons un extrait « Limite » revue fondée par des veilleurs, ces derniers s’interrogent et questionnent Nuit Debout à la suite de cette soirée particulièrement agressive « Si nous partageons un même dégoût pour la « loi El-Khomri et son monde », l’essoufflement de la démocratie représentative, l’économie financiarisée et les diktats de Bruxelles, nous n’avons pas les mêmes regrets et les mêmes espérances. 

Nous n’avons pas attendu les antifascistes inconséquents pour savoir que la colère des imbéciles remplit le monde. Nous n’irons pas mendier place de la République l’onction bénie de la gauche libertaire. Nous n’avons pas besoin de vous pour combattre la société marchande.  Nous la repoussons dans chacune de nos lignes, dans nos vies au quotidien, au prix de sacrifices que vous n’oserez jamais imaginer. Il est cependant une évidence énorme que nous devons vous dire : la société marchande, elle, a encore besoin de vous pour donner l’illusion spectaculaire du pluralisme et de la tolérance bankable. » 

Que penser de cet altercation contre les Veilleurs, témoignage de Louis un militant assidu de Nuit Debout

Face à ces violences, nous avons demandé (interview téléphonique) à Louis militant assidu de Nuit Debout, son avis et sa propre lecture. Immédiatement Louis, nous évoque sa réprobation concernant la violence exprimée à l’endroit des veilleurs, regrette l’impossible dialogue qui résulte selon lui de socles qui ne sont pas communs et qui rendent d’après lui extrêmement difficile la possible rencontre espérée par les Veilleurs, le débat sur « le mariage homosexuel cristallise les postures et les oppositions Veilleurs et Nuit Debout ». « Pourtant nous déclare Louis, il peut y avoir des chemins de convergences, et éviter les débats stériles », il faut selon Louis, « lever les préjugés de part et d’autre, il faut clarifier les positions sur les sujets qui constituent actuellement des pierres d’achoppement »

Louis poursuit « A Nuit Debout, je dirai que les veilleurs qui justement veulent entamer le dialogue, sont nécessairement des personnes ouvertes et ce n’est pas en les « caillassant » que l’on crédibilise le mouvement « Nuit Debout » » « On ne gagne rien à l’invective de l’autre et il serait dommage de ne pas former les ponts entre des mouvements qui repensent la société, de ne pas engager les discussions sur les phénomènes d’aliénation ». Les veilleurs s’inscrivent sur une dimension de non-violence la seule dimension de la bienveillance que reconnait Louis en la soulignant.

La réflexion partagée par Axel ROKVAM à l’issue de cette rencontre improbable

Au cours d’un échange téléphonique, nous avons formulé à Axel trois questions :

  • Regrettez-vous cette tentative d’initiative d’un échange interactif avec Nuit Debout que beaucoup pensait comme improbable ?

« Depuis trois ans, nous ne nous sommes jamais inscrits sur un registre de provocation, nous avons choisi de témoigner, en nous adressant parfois à des personnes au moins aussi inaccessibles comme à l’Elysée ou à la préfecture de police. Comme en 2013, notre absence de réponse à la violence a interpellé, nous éprouvions une sensation de paix concernant notre présence dans ces lieux hostiles car largement délaissés par ceux qui sont en charge de chercher le bien commun. Il était donc pour nous fondamental de poser cet acte de liberté, et même de liberté intérieure, en allant sur cette place publique. C’était évidemment un risque, mais un risque à prendre. Nous avons été témoins et victimes de violences, certes, mais nous avons pu faire la veillée, et elle était très belle et intéressante grâce aux intervenants exceptionnels qui ont tenu bon. Par ailleurs, des violences se sont produites également entre des Nuit-Deboutistes qui ne rejetaient cette agression jusqu’à se battre pour l’empêcher. Mieux, des personnes de Nuit Debout, interpellés par notre attitude qu’elles ne comprenaient pas, nous ont demandés pardon pour ce qu’il se passait.

  • Quels enseignements faut-il tirer de ces événements à la fois comme Veilleur et comme Chrétien ?

« Avant d’espérer un échange, il faut s’écouter mutuellement. Je suis allé quatre fois à Nuit Debout, où j’ai passé à chaque fois plusieurs heures à écouter. Ces jeunes ont besoin de découvrir qu’ils sont aimés, que quelqu’un est capable de donner jusqu’à sa vie pour eux. Peut-être que suite à notre veillée, certains Nuit-Deboutistes voudront approfondir leurs réflexions, peut-être que ce sera un témoignage qui les aidera à surmonter le désespoir qui se manifesterait par l’abandon des engagements soit par l’engagement par la violence. A aucun moment les veilleurs par leurs attitudes n’ont témoigné la volonté de cliver, de séparer. Ils ont plutôt montré qu’il y a une autre manière d’entrer en résistance : commencer par soi et être prêt à tout perdre. »

« Nous avons également fait face à un phénomène de groupe de nature à démultiplier la violence. Chez les personnes de Nuit Debout, le but est d’occuper le territoire, l’espace et nous nous sommes laissé dire que nous avions perdu cet espace. Je crois au contraire que nous avons paradoxalement gagné du terrain en « habitant » l’espace plutôt qu’en l’« occupant ». Notre manière de résister est plus humaine, profonde et pacificatrice : c’est une manière de construire plutôt que de détruire. Entre cette alternative et l’horizontalité d’un discours idéologique chez Nuit Debout qui empêche de facto l’expression libre, les Nuit-Deboutistes ont une décision à prendre, et il ne faut surtout pas les enfermer dans une case comme s’ils étaient incapables de se remettre en cause. Je crois que notre mode de présence a trouvé des nouveaux disciples chez Nuit Debout, même s’ils ne pourront pas tous le dire ouvertement. »

  • Peut-on espérer des échanges demain de ce type avec d’autres pour partager des lectures sur des phénomènes d’aliénation qui touchent la société dans son ensemble ?

« Il ne faut pas désigner les aliénations pour se réunir. Il faut au contraire engager une recherche de ce qui nous est commun à l’origine. Les hommes ne sont pas unis par les ennemis communs qu’ils se désignent et qui les feraient « converger », mais par une origine commune qui les dépasse et qui fait d’eux des frères. En ce sens, les Veilleurs ne sont pas dans un jeu politique de partis, de clans ou de « familles de pensées », mais ils aspirent à dévoiler notre appartenance commune, et en particularité notre expérience anthropologique pour permettre à nouveau la recherche le bien commun, l’existence d’une vraie vie politique et sociale. »

« D’ailleurs, un mouvement n’est durable que s’il se fonde sur une anthropologie enracinée dans une expérience métaphysique, sans quoi, faute de prise avec notre nature humaine, il ne saurait s’inscrire dans la durée. Jean-Paul II savait avant tout le monde que le bloc soviétique s’effondrerait car il avait compris qu’il n’avait pas d’anthropologie. Et la liberté inscrite dans le cœur de la personne humaine. Sans cette liberté, la recherche d’un bien commun et supérieur ne peut aboutir.  » Il faut découvrir l’origine de notre liberté. » ».

Pour conclure ce billet je citerai Luther Martin Luther King…. « La véritable grandeur de l’homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis… »… Les veilleurs sont en effet exposés à un moment charnière de leur existence, ils ne refusent pas le débat sans doute pour percer dans le cœur de ceux qui leur sont hostiles afin de travailler à un chemin ou nous pouvons ensemble panser et penser l’homme blessé puis de comprendre les causes qui conduisent à sa souffrance !

Eric Lemaitre

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