Vers l’allègement de la persécution contre la communauté falun gong en Chine

Les autorités communistes chinoises ont secrètement reconnu les torts commis à l’endroit des membres de la communauté falun gong, rapporte le média international chinois d’opposition Epoch Times. Le falun gong est une forme de gymnastique lente semblable au qi gong, mais comprenant une forte dimension spirituelle lui ayant valu l’hostilité du régime qui le qualifie de « culte diabolique ». Toutefois, la reconnaissance des injustices, allant jusqu’à l’assassinat et le prélèvement d’organes sans consentement, est conditionnée à l’abandon de la pratique, ce qui fait d’elle une mauvaise contrefaçon de la justice. Un rapport américain du 6 octobre 2016 mentionne la persistance de la torture sur ses adeptes.

Réprimés depuis juillet 1999 par le Parti communiste et son bras armé, l’État, les adeptes du falun gong, ou falun dafa, ont vu leur situation relativement changer depuis l’élection de Xi Jinping à la présidence de la République populaire de Chine en 2013. Toujours fortement persécutés, ils sont moins maltraités par la police même lorsqu’ils portent plainte contre Jiang Zemin, chef de l’État de 1993 à 2003, qui initia la répression contre cette communauté dont des centaines de milliers de membres furent envoyés dans des camps de rééducation par le travail ; la détention était non pas pénale mais administrative, elle a été supprimée en 2013.

Entre janvier 2000 et décembre 2001, 830 000 membres de la communauté furent listés ou arrêtés, d’après le Bureau de la Sécurité publique. Comme tant d’autres adeptes de croyances non acceptées par le Bureau du Parti communiste, les fidèles du falung gong furent même victimes de prélèvements d’organes, dans ces camps, sans leur consentement, une pratique au sujet de laquelle le Parlement européen a adopté une résolution le 12 décembre 2013. Plusieurs rapports récents indiquent toutefois les trop nombreuses violences qu’ils peuvent encore subir en dépit de la volonté de Xi Jinping de changer les choses.

Le printemps du mouvement falun gong marqué par la bienveillance des autorités

La répression a débuté en 1999 après des années de prospérité du mouvement Falun Gong officiellement né sept années auparavant. Son fondateur, Li Hongzhi, qui vit désormais aux États-Unis, bénéficiait de la bienveillance des autorités politiques et même de leur soutien, il fut même invité par l’Ambassade de Chine à Paris en 1995, et commença dès lors à prodiguer ses enseignements à l’étranger, même aux États-Unis, avec l’approbation du régime communiste. Le succès de sa discipline s’explique par celui du qi gong, un exercice de gymnastique proche, mais dépouillé de ses éléments moraux et spirituels.

Le qi gong est supposé renforcer la santé, et les Chinois se tournent massivement au début des années 1990 vers cette pratique qui existait déjà dans l’Antiquité chinoise et qui résista tant bien que mal à la Révolution culturelle qui l’interdit parmi les Quatre Vieilleries combattues par Mao Zedong, à partir de 1966, qui entendait purger le pays non seulement en s’en prenant aux intellectuels, mais également aux idées et traditions existant avant 1949, année où le Parti communiste s’empara du pouvoir. C’est sur la renaissance du qi gong que prospère le falung dafa qui en est une variante associant l’exercice physique à des enseignements bouddhistes et taoïstes.

La finalité de cette gymnastique physique et spirituelle est l’élévation spirituelle et la sortie du samsara, le cycle du temps et des réincarnations, par la compensation des actions négatives accumulées dans le karma. D’ailleurs, « falun » signifie « roue de la loi », « falun dafa » « la grande voie de la roue de la loi », car cette pratique serait l’une des 84 000 façons de faire fructifier l’énergie des enseignements du maître fondateur Siddhartha Gautama ; et « falun gong » veut dire « la pratique de la roue de la loi », « gong » se comprenant comme « la culture de l’énergie et des capacités ». Il s’agit de mener un travail réflexif au travers des trois principes fondamentaux que sont la tolérance, l’authenticité et la bonté.

Le succès fulgurant de cette doctrine ascétique, qui considère le recours à la science médicale moderne comme un manque de foi, et vers laquelle se tournent des dizaines de millions de Chinois en quelques années, peu confiants dans les hôpitaux et autres services de santé officiels est l’une des raisons qui inquiètent le régime, particulièrement le Président Jiang Zemin qui veut alors éradiquer le mouvement qui, selon le Gouvernement, compte 70 millions d’adeptes en 1999, sur une population de 1,2 milliard d’habitants.

Des tracasseries à la répression du mouvement jusqu’au vol d’organes

C’est par la moyenne histoire que débutent les tracas des adeptes du falun dafa quand, à partir de 1995, le ministère de la Santé publique approche Li Hongzhi afin d’organiser le mouvement sous forme d’association, le but étant le contrôle, ce que refuse le guide. Dans cette même veine, le Gouvernement, par le biais de la Société de recherche scientifique sur le qi gong de Chine, décide d’organiser toutes les écoles du qi gong et d’y prolonger les ramifications du Parti communiste. Nouveau refus.

Les frais de fonctionnement des écoles de falun gong étant très faibles, certains maîtres de qi gong sont financièrement menacés par cette concurrence jugée déloyale ; la Société exige que le mouvement cesse sa politique contraire à l’esprit de concurrence. Li Hongzhi décide de la quitter, estimant qu’elle cherche des gains financiers et non à connaître le qi gong. Dès lors, les autorités changent de regard sur un mouvement au potentiel contestataire. La première grande critique est lancée en 1996 par Guangming, un journal d’État qui appelle à réagir « contre la pseudo-science ».

Le refus de la médecine scientifique est de plus en plus dérangeant, on pourra ainsi voir Li Hongzhi réaffirmer lors d’une conférence en 1998 à New York son habituelle position à ce sujet : « De plus, en étudiant la Loi, quand vous rencontrez des ennuis ou des problèmes que vous ne savez pas résoudre, vous ne devriez pas demander à l’extérieur, toujours chercher à l’extérieur […] Si une personne ordinaire attrape une maladie mortelle et qu’elle insiste pour ne pas prendre de médicaments, quels qu’ils soient, va-t-elle mourir ? Elle va mourir, n’est-ce pas ? C’était l’heure pour elle de mourir, alors elle est morte. »

Le maître revendique des pouvoirs surnaturels comme ceux de se dissoudre dans la matière, de voler, de devenir invisible ; il enseigne que la science moderne permet aux extra-terrestres de s’infiltrer dans les corps humains. D’autres journaux d’État emboîtent le pas à Guangming, une vingtaine d’articles dénoncent le mouvement. Après une période d’accalmie qui voit nombre de médias renier leurs critiques, la persécution va débuter.

Serait-il possible que les membres du Parti communiste, armés du marxisme et d’une foi dans le matérialisme et l’athéisme, ne puissent pas vaincre ce truc du Falun Gong ?En 1999, suite à un article critique dans une revue universitaire, des adeptes du falun dafa qui protestent devant la faculté de Tianjin sont malmenés par les forces de l’ordre. Le mouvement réplique en organisant une manifestation de 10 000 personnes devant le Bureau central du Parti communiste. C’est le grand point de départ de la répression. Si les interlocuteurs représentant le Parti acceptent les revendications des manifestants, le secrétaire général du Parti, également Président de la République, Jiang Zemin n’accepte point pareille audace dix ans après les manifestations de la place Tian’anmen. Un membre du Bureau confiera que la répression était « une affaire personnelle pour Jiang qui voulait écraser cette organisation ». Le chef du Parti communiste indique alors dans une lettre publiée dans la nuit du 25 avril 1999 son intention d’éradiquer le mouvement ; ses mots sont contempteurs :

« Serait-il possible que les membres du Parti communiste, armés du marxisme et d’une foi dans le matérialisme et l’athéisme, ne puissent pas vaincre ce truc du Falun Gong ? Si c’est le cas, ne serait-ce pas la plus grande blague sur terre ? »

Le mouvement est ainsi désigné comme un ennemi de l’État communiste. Le 10 juin de la même année est créé le Bureau 610 auquel revient la mission de supprimer le falun gong sans passer par les voies respectant la Constitution. A côté de la persécution dans le cadre de l’État de droit surgit une répression extra-judiciaire où règne le secret d’État sur les meurtres, les viols et autres formes de torture, les prélèvements d’organes. Le fait d’informer sur la persécution est alors considéré comme une atteinte au dit secret d’État.

Le sang et les organes des adeptes sont systématiquement examinés lors de leur détention en vue d’éventuels prélèvements forcés

De récents rapports dénoncent encore la persécution frappant les adeptes du falun dafa. Ainsi celui du 6 octobre 2016 présenté au Congrès et à l’Administration américaine par un organisme public indépendant indique que « comme les années précédentes, les autorités continuent de presser les adeptes du falun gong de renoncer à leurs croyances via un processus nommé La transformation par la rééducation. Cette méthode s’appuie sur l’administration de chocs électriques, sur la privation de nourriture et de sommeil, mais aussi sur la pratique du gavage forcé, de la consommation de médicaments sous la contrainte, de violences physiques notamment sexuelles ainsi que sur l’engagement forcé à aller dans les hôpitaux psychiatriques.

Un rapport autofinancé présenté par l’avocat et ancien homme politique canadien, David Kilgourn, ainsi que l’avocat David Matas et le militant Ethan Guttman, tous trois actifs dans l’information sur les prélèvements d’organes forcés en Chine, dénonce pareillement les pratiques inhumaines à l’encontre des adeptes du falun gong. Le document intitulé An update to ‘Bloody Harvest’ & ‘The Slaughter’ (Moissons sanglantes & l’Abattage, une mise à jour – du rapport de 2006) affirme que le sang et les organes de ces derniers sont systématiquement examinés lors de leur détention et qu’ils sont les seuls à subir tous les tests. De 2000 à 2005, 41 500 organes auraient été prélevés sur les membres de la communauté. Si les adeptes du falun gong sont ainsi ciblés, c’est en raison de leur mode de vie plus sain que celui des autres Chinois : ils ne boivent pas, ne fument pas, ne prennent pas de médicaments, ce sont les donneurs idéaux.

Dans tous ces tourments semble poindre une lueur d’espoir avec la reconnaissance secrète par les autorités du Parti des torts commis à leur encontre.

La reconnaissance des injustices faites aux croyants conditionnée à l’abandon de leurs croyances

Depuis l’arrivée de Xi Jinping au sommet du Parti communiste en 2012, puis à la présidence l’année suivante, des mesures ont été prises qui tranchent quelque peu avec la politique de répression précédente. Les adeptes du falun gong n’avaient que les pétitions comme moyen de protester, ce qui leur attirait évidemment des ennuis. En avril dernier, Xi Jinping a déclaré que les autorités devaient « régler à l’amiable les appels raisonnables et légitimes des masses » lorsqu’elles soumettent des pétitions, et son Premier ministre a abondé dans son sens en parlant de la nécessité d’essayer de « résoudre les conflits et protéger les droits juridiques » des pétitionnaires.

Le 23 avril, le Président a renchéri lors d’une réunion sur les affaires cultuelles en assurant que les religion peuvent « enrichir » la société et doivent être « harmonisées » avec la culture chinoise. Contrairement à Jiang Zemin qui avait parlé de « religions déviantes en 2001 », Xi a évité une telle mention. Cette approche de la religion quasiment assimilée à la civilisation chinoise est à lire en relation avec sa politique d’allègement de la persécution du falun dafa ; cependant, les autorités ont présenté début septembre un projet de renforcement de la lutte contre la religion qui ferait passer l’actuelle loi sur la régulation du religieux de 48 à 74 articles. Seraient concernées les religions étrangères. C’est dans la veine de cette évolution qu’il convient d’appréhender la décision de reconnaître secrètement les torts faits aux adeptes du falun gong à laquelle aurait eu accès le média falun gong Minghui, relayé par Epoch Times.

C’est au cours d’une réunion du Parti le 30 août dernier qu’aurait été présenté  un document qui souligne les injustices subies par les membres de la communauté du falung dafa dans le domaine de l’emploi et de l’éducation, et qui appelle à « redresser » progressivement ces torts. Cependant, le fait de ne pas admettre publiquement les injustices et de conditionner la levée des sanctions au reniement des croyances ôte toute force à cette idée et ne fait que légitimer l’injustice de la répression.

Partagé entre la volonté de réduire la persécution et la quasi-obligation de ne pas paraître céder, le pouvoir produit une fausse justice

Un fonctionnaire présent à la réunion aurait avoué que le pouvoir essaie de mettre un terme aux injustices sans pour autant sembler se renier : « Il ne veut pas restaurer complètement la réputation du Falun Gong, car cela reviendrait à se gifler soi-même. » Partagé entre la volonté de réduire la persécution et la quasi-obligation de ne pas paraître céder, le pouvoir produit une fausse justice, puisque la reconnaissance d’un mal causé à autrui ne saurait être juste si la victime doit taire la reconnaissance du tort, encore moins si la condition posée à la reconnaissance du injustice commise est l’abandon d’une pratique visée cette même injustice.

Quoi qu’il en soit, signe des temps ? alors que les avocats des adeptes du falun gong sont habituellement menacés, par exemple en faisant l’objet d’enquêtes du ministère de la Justice, ou qu’un avocat était privé de l’accès au tribunal, le 20 septembre dernier, et ainsi empêché de défendre sa cliente après avoir critiqué le non-respect de la procédure par le magistrat, un procès a été l’occasion de voir l’évolution. Un juge qui coupait sans cesse la parole aux avocats d’un couple de pratiquants, le 13 septembre, s’est fait reprendre par la mère de l’un d’entre eux et en a laissé un s’exprimer pendant une heure pour soutenir le falun gong. Il faudra voir si, dans un contexte de diminution par ricochet de la persécution, cette exception fera « jurisprudence » : après tout, en 2012, la police communiste avait préféré indemnisé un chrétien plutôt que d’affronter la justice, un cas isolé sans que le sort des chrétiens se soit vraiment amélioré, et alors qu’il serait sur le point d’empirer.

Sous la dynastie des Tang, le poète maudit chinois Li He écrivait dans son poème Douzième Lune ces quelques mots qui pourraient évoquer l’espoir des adeptes du Falung face au léger frémissement annonçant l’éventuelle fin de l’hiver de la persécution, à moyen ou long terme :

« Aux pieds du soleil, un jour chétif traîne son rougeoiement. Si mince, ce givre, mais il persiste sous les branches des canneliers. Soupçon de redoux dans l’air ! Il va chasser l’hiver revêche. »

Hans-Søren Dag

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