Vietnam : Une liberté religieuse ambigüe

Chaque semaine, la rédaction d’Info Chrétienne vous propose un article focus sur la situation des chrétiens dans le monde. Aujourd’hui, le Vietnam.

Le Vietnam est une république officiellement athée. Sa Constitution reconnaît le droit à quiconque de suivre ou non une religion. Cependant, le dernier rapport américain sur la liberté religieuse internationale évoque l’article 14. Ce dernier  » autorise toutefois le gouvernement à passer outre aux droits de l’homme, y compris la liberté de religion, pour des raisons de ‘sécurité nationale, d’ordre et de sécurité sociaux, de moralité sociale et de bien-être social’ « . Selon les experts, la question de la liberté religieuse au Vietnam semble contrastée, entre « développements positifs » et « détérioration de la situation générale pour les groupes religieux ».

Avant de s’interroger sur les aspects négatifs de la question, le rapport tient à souligner des « mesures positives pour améliorer la liberté de religion et les droits de l’homme ». Il note en ce sens la volonté du gouvernement d’entendre la situation et de s’engager aux côtés des parties-prenantes internationales au sujet des questions de liberté religieuse. Il note également ses efforts en terme d’intervention et de médiation dans le cadre de conflits entre communautés religieuses. C’est dans ce cadre positif que de nouveaux lieux de culte ont pu être enregistrés ou qu’un évènement publique chrétien accueillant 20 000 personnes a pu se tenir pour Noël. Il faut également noter la relâche de plusieurs prisonniers de conscience en 2018, dont un avocat chrétien, Nguyen Van Daï, et une activiste chrétienne, Nguyen Ngoc Nhu Quynh. Tous ont demandé asile à l’étranger.

Mais ces « mesures positives » ne peuvent qu’être contrebalancées par la détérioration générale des conditions en 2018, notamment dans les communautés rurales.

Et dans ce domaine, les lois sur la croyance et la religion sont ciblées par la commission américaine.

« Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme se sont déclarées préoccupées par le caractère vague de ces dispositions et permettent potentiellement aux autorités de punir arbitrairement des groupes religieux. »

Selon les experts, la loi est parfois utilisée comme « justification » dans le cadre des « saisies de sites religieux ». Il était question, en janvier 2019, de la démolition de 112 maisons situées sur des terrains appartenant à l’église.

« De tels actes perturbent ou interfèrent avec les pratiques religieuses et peuvent menacer de plus en plus la façon dont les communautés religieuses observent leur foi. »

La loi rend également les accords plus difficiles à obtenir, notamment quand il s’agit de demandes qui avaient déjà été autorisées dans le précédent cadre.

« En effet, tout au long de 2018, les autorités locales ont invoqué la loi pour justifier l’interdiction des activités religieuses informelles que le cadre juridique précédent avait toléré, voire endossé. Par exemple, les autorités locales de la province de Quang Binh ont interdit au prêtre catholique Cao Duong Dong de faire des visites à domicile pour organiser des services de prière, comme il le faisait depuis 2014. »

Le rapport déplore également le harcèlement, les contraintes et les menaces de violence physique exercées par les autorités à l’égard des minorités religieuses. Il rappelle qu’au 31 décembre 2018, il y avait 244 prisonniers de conscience au Vietnam, et 20 activistes détenus dans l’attente d’un procès, dans des conditions difficiles (absence de traitements médicaux, isolement, travaux forcés). Parmi eux de nombreuses personnes qui « ont promu ou protégé le droit à la liberté religieuse ou de croyance et d’autres qui ont simplement professé ou pratiqué leur foi ».

Au Vietnam, il est également question de violence de la part des forces de police. On rapporte que des individus seraient « invités » par la police à des interrogatoires au cours desquels ils sont interrogés sur leurs croyances ou leur association à certaines organisations religieuses.

Autre source de persécution, les « red flag ». Des groupes militants qui harcèlent les « dissidents », notamment la communauté catholique de la province de Nghe An. Ces groupes travailleraient régulièrement avec les autorités locales.

« De plus, le gouvernement s’est montré peu disposé à poursuivre ou à discipliner les personnes impliquées dans les attaques. Par exemple, lorsque le père Nguyen Duc Nhan de la paroisse de Ke Gai a demandé aux autorités provinciales d’enquêter sur des membres d’un groupe du drapeau rouge qui avaient attaqué des personnes impliquées dans un conflit foncier, la police a plutôt convoqué ses paroissiens pour un interrogatoire. »

Sur ces observations, l’USCIRF a à nouveau placé le Vietnam sur la liste des pays particulièrement préoccupants.

M.C.

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