Droit à l’avortement dans la Constitution espagnole : les évangéliques s'y opposent

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En Espagne, le gouvernement poursuit ses efforts pour inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution du pays. De son côté, la Fédération des entités religieuses évangéliques affirme s'opposer à ce qu'elle considère être un droit de "destruction".

Le 7 avril, le gouvernement espagnol, dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez, a approuvé la réforme constitutionnelle garantissant le droit à l’avortement, après son approbation par le Conseil d’État fin février. Elle vise à reconnaître et à "sauvegarder" les droits sexuels et reproductifs des femmes. Cet amendement requiert une majorité des trois cinquièmes au Congrès et au Sénat pour être adopté.

En cas de désaccord, une commission mixte proposera un nouveau texte soumis au vote. Si aucun accord n’est trouvé, le texte pourra être adopté à la majorité des deux tiers au Congrès et à la majorité absolue au Sénat.

"Avec cette réforme, l’Espagne se place à l’avant-garde des pays européens en matière de protection des droits des femmes", s’est réjouie la porte-parole du gouvernement, Elma Saiz. "C’est un jour important pour la démocratie espagnole", a déclaré de son côté la ministre de l’Égalité, Ana Redondo.

"Il n’existe pas de consensus suffisant"

Le 9 avril, la Fédération des entités religieuses évangéliques d’Espagne (FEREDE) a publié un communiqué exprimant sa "préoccupation" face à l’inscription de ce droit dans la Constitution.

Après avoir rappelé que "la vie est un don de Dieu" et qu’elle doit être "protégée du début à la fin", l’organisation affirme que l’avortement est un droit de "destruction" de ce qu’elle considère être "la vie humaine en formation".

"Il n’existe pas de consensus suffisant, ni au sein de notre société ni au Parlement, pour ériger l’avortement en droit constitutionnel", a poursuivi la FEREDE, qui a ajouté que la Constitution et le Code civil actuels reconnaissent et protègent la vie humaine en gestation.

"Faire de l’avortement un droit constitutionnel romprait l’équilibre requis par la jurisprudence entre la protection de la femme et celle de l’enfant à naître, en présentant l’interruption de grossesse comme un droit autonome et absolu, et non comme un conflit devant être apprécié au cas par cas."

Ainsi, la Fédération a rejetté l’inscription de ce droit dans la Constitution. "Nous réaffirmons notre engagement public à défendre la dignité de toute vie humaine, en particulier celle des plus vulnérables", a-t-elle conclu. 

De son côté, l’Alliance évangélique espagnole avait déjà pris position dans un document publié en octobre dernier. "Considérer qu’il est un droit fondamental de mettre fin à une vie humaine est caractéristique des cultures barbares, plus typiques des temps anciens", affirmait-elle.

"Chaque avortement est un échec de la société, un événement douloureux pour la femme et ses proches."

En France, le droit à l’avortement a été inscrit dans la Constitution en 2024, faisant du pays le premier à inscrire ce droit dans sa Loi fondamentale. Parmi ceux qui s’y étaient opposés figurait le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH). "L’idée que l’avortement puisse devenir une liberté fondamentale défendue par la Constitution française (…) serait une décision grave", avait déclaré son président Franck Meyer.

L’Espagne pourrait ainsi devenir le deuxième pays au monde à inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution.

Mélanie Boukorras

Crédit image : Shutterstock / Gil Corzo (La ministre espagnole de l'Egalité, Ana Redondo García)

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