"Il y a une césure intérieure avec la date du 7 octobre": trois ans après l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas en Israël qui a fait 1.221 morts, de nombreux juifs de France continuent de vivre un "traumatisme", a estimé mercredi le président du Crif Yonathan Arfi.
"C'est vécu comme une séparation claire entre le temps d'avant et le temps d'après", a déclaré Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) sur franceinfo. Cette date reste un "traumatisme pour tous les Français de confession juive", a-t-il déclaré, affirmant que depuis, la vie quotidienne de nombreux juifs français avait changé.
"On a vu des familles qui ont choisi de retirer par exemple la Mézouza, ce petit objet rituel sur la porte pour ne plus être identifiées comme juive. Des gens qui ont changé leur nom sur les applications mobiles, des mères de famille qui conseillent à leurs enfants de taire le fait qu'ils sont juifs", a-t-il déploré.
L'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, avait été la journée la plus meurtrière dans l'histoire du pays : elle a entraîné la mort de 1.221 personnes, dont 51 Français, selon un décompte de l'AFP. Ce jour-là, 251 personnes avaient aussi été enlevées et emmenées de force à Gaza, 44 d'entre elles étant déjà mortes.
Cette période a également été marquée par une explosion des actes antisémites. En 2025, le ministère de l'Intérieur avait recensé 1.320 actes antisémites en France, soit 53 % de l’ensemble des faits antireligieux.
"On aurait pu imaginer qu'après le 7 octobre, il y ait un élan de sympathie ou d'empathie vis- à-vis des Français juifs. C'est le contraire qui s'est produit", a regretté Yonathan Arfi. "Les Français juifs n'ont pas à être assignés à un conflit qui se déroule à des milliers de kilomètres. Ils ne sont pas responsables des agissements du gouvernement israélien", a-t-il ajouté.
"Quoique que chacun puisse en penser (...) en France, on n'est pas assigné à sa confession, à sa culture, à son origine pour avoir le droit d'être un citoyen comme les autres".
Interrogé sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart, Yonathan Arfi a répondu ne pas avoir de doute. "Il y a un terrain sociologique au Rassemblement national parmi ses sympatisants, mais aussi parmi ses cadres où l'antisémitisme reste largement répandu".
Le président du Crif a également pointé la France insoumise, dénonçant "une responsabilité directe dans le climat antisémite" en France. "Ils ont choisi de faire de Gaza un slogan électoral, d'utiliser la stigmatisation du sionisme et des juifs comme un carburant électoral dans le cadre de leur campagne. C'est irresponsable de la part d'un parti politique de premier plan".
La Rédaction (avec AFP)