Préoccupés par l'accord avec l'Iran, les chrétiens iraniens se tournent vers Dieu

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Endurcis par la guerre et la brutalité du régime, les chrétiens disent avoir peu d'espoir, à Téhéran ou à Washington.

Quelques jours après le début de la guerre en Iran, le 28 février, une chrétienne convertie et sa famille ont quitté Téhéran pour rejoindre leur villa située près de la mer Caspienne. Elle espérait échapper aux frappes aériennes qui touchaient la capitale, mais elle s'est rapidement rendu compte qu'un nouveau danger la menaçait.

"Je suis morte de peur", a-t-elle confié à Nahid Sepehri, directrice exécutive de la Société biblique iranienne, lors d'un appel vocal passé via Starlink. Cette mère chrétienne a expliqué que la mosquée voisine de sa villa hébergeait des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Elle craignait que les forces américaines repèrent leur position et bombardent son quartier.

Depuis la banlieue de Seattle où ils vivent, Nahid Sepehri et son mari, Mansour Khajehpour, ont prié avec elle. Le couple accompagne un vaste réseau d'Églises de maison iraniennes au travers de leur Église, Crossroads at Lake Stevens.

Le lendemain, la mère de famille a rappelé pour dire qu'elle n'avait plus peur. Si elle mourait, elle serait en présence du Christ, si elle survivait, elle avait une mission à accomplir : elle avait commencé à prier pour son quartier, à oindre chaque porte avec de l'huile et même à frapper chez ses voisins pour les encourager à ne pas s'inquiéter, leur assurant que le Seigneur protégerait le quartier.

"Leur confiance en Dieu est extraordinaire", témoigne Nahid Sepehri à propos des membres de ces Églises de maison qui, malgré les nombreuses épreuves qu'ils traversent, participent régulièrement aux appels quotidiens de prière en ligne. À ce jour, le quartier de cette femme n'a pas été bombardé.

Alors que les États-Unis et l'Iran ont signé un accord mettant fin à la guerre, certains Iraniens se disent déçus que cet accord laisse intact l'appareil répressif de Téhéran, sans amélioration visible en matière de droits humains ou de liberté religieuse. Le régime a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes lors des manifestations massives de janvier, et de nombreux Iraniens espéraient être secourus par les États-Unis et Israël. Quelques jours après ce massacre, le président Donald Trump avait publié sur les réseaux sociaux que de l'aide était en route.

"L'espoir placé dans les gouvernements étrangers, notamment les États-Unis, a disparu", affirme Mansour Khajehpour.

"Nous ne pouvons pas faire confiance aux puissances étrangères."

Mansour Khajehpour explique que, si les membres de son réseau d'Églises de maison ont célébré le rétablissement partiel d'Internet le 26 mai, après 88 jours de coupure, beaucoup des 34 chrétiens présents lors d'un appel la semaine dernière se sont montrés inquiets au sujet des négociations et de leurs conséquences pour l'avenir de l'Iran. Lors d'un autre échange, deux chrétiens iraniens ont exprimé leur crainte que Donald Trump, en signant un protocole d'accord, n'ait pas compris ce qu'ils décrivent comme la nature "rusée" du régime islamique.

L'accord conclu avec l'Iran vise à rétablir le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz à son niveau d'avant-guerre, à mettre fin aux frappes aériennes et à fixer les conditions de futures discussions sur le programme nucléaire iranien. Les détracteurs estiment toutefois qu'il offre un allègement des sanctions à l'Iran, permet à Téhéran de reprendre immédiatement ses exportations de pétrole et ne répond pas à plusieurs préoccupations majeures exprimées par l'administration Trump avant le début de la guerre, notamment le financement des groupes mandataires de l'Iran et son vaste programme de missiles balistiques.

Certains analystes considèrent que cet accord favorise l'Iran et qu'il est moins avantageux que l'accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 sous la présidence de Barack Obama, pourtant largement critiqué par Donald Trump.

Au cours du week-end, les négociateurs américains et iraniens ont entamé en Suisse les discussions sur la mise en œuvre de cet accord et élaboré une feuille de route de 60 jours destinée à mettre fin au conflit. Le vice-président JD Vance a déclaré que l'Iran avait accepté de rétablir les inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Les discussions, initialement prévues le vendredi précédent, avaient brièvement été reportées après que l'Iran eut laissé entendre qu'il pourrait ne pas y participer en raison de la reprise des affrontements entre Israël et le Hezbollah au Liban.

En Israël, la disposition du protocole d'accord imposant l'arrêt des opérations militaires contre le Hezbollah suscite une vive inquiétude. Ce mouvement, soutenu par l'Iran, continue de lancer des missiles et des drones contre le nord d'Israël depuis le territoire libanais.

"Un régime iranien disposant de davantage de ressources représenterait une catastrophe pour Israël, car il poursuivrait tout ce qu'il faisait déjà, mais avec encore plus d'efficacité", estime Alberto Fernandez, ancien ambassadeur américain et vice-président du Middle East Media Research Institute. Il rappelle qu'en 2025, malgré une situation économique très difficile, l'Iran avait tout de même consacré près d'un milliard de dollars au Hezbollah.

Également membre du conseil consultatif de l'organisation In Defense of Christians, Alberto Fernandez se dit préoccupé par l'avenir de la communauté chrétienne iranienne dans les semaines et les mois à venir. Selon lui, lorsque l'islam politique traverse une période de crise, comme ce fut le cas à Téhéran lors des opérations militaires américano-israéliennes de 2025 et 2026, il tend à renforcer la persécution des minorités ethniques et religieuses.

"En Iran, les chrétiens sont fortement persécutés, mais ils ne sont généralement pas exécutés pour le crime d'apostasie", souligne-t-il.

"La situation peut donc s'améliorer, mais elle peut aussi se détériorer."

Alberto Fernandez préfère adopter une attitude “d’attente” face à cet accord, estimant que l'on connaît encore très mal le nouveau régime. Les frappes américaines et israéliennes ont éliminé plusieurs dirigeants clés des sphères politique et militaire, et il pense que les évolutions du pouvoir pourraient progressivement modifier les équilibres internes du pays.

Selon certains spécialistes iraniens, un scénario possible verrait le Corps des gardiens de la révolution islamique prendre le contrôle et arracher le pouvoir restant une dictature militaire tout en s'alliant avec les élites urbaines réclamant des réformes.

"J'espère, et nous devons prier pour cela, qu'il se passe à l'intérieur du pays des choses dont nous n'avons pas connaissance", poursuit Alberto Fernandez.

"Seul le Seigneur le sait. En apparence, la situation n'est pas encourageante, mais nous ne disposons pas de tous les éléments."

David Yeghnazar, directeur exécutif d'Elam Ministries, basé au Royaume-Uni, s'est entretenu avec plus de quarante chrétiens iraniens au cours de la semaine dernière. Il explique que, comme la majorité des Iraniens, les chrétiens espéraient que les massacres de janvier donnent lieu à des poursuites.

"Même si certains sont déçus que cela ne se produise peut-être pas dans l'immédiat, ils sont prêts à faire confiance à Dieu et à croire qu'il continuera d'accompagner son Église au cœur de leur douleur et de leurs souffrances", déclare-t-il.

Originaire d'Iran, David Yeghnazar affirme que les conditions de vie dans son pays se sont encore dégradées depuis le début de la guerre. Il évoque des familles qui manquent d'argent et de nourriture et qui luttent à payer leurs factures. Beaucoup accueilleraient favorablement les mesures de soutien économique prévues par l'accord, tout en s'interrogeant sur la capacité de ces fonds à bénéficier réellement à la population.

Lors d'une conférence de presse le 18 juin, JD Vance a assuré que Téhéran ne recevrait aucun des 300 milliards de dollars prévus par le protocole d'accord pour la reconstruction et le développement économique "tant qu'il ne se sera pas totalement transformé en tant que pays".

Pour Mansour Khajehpour, ceux qui ont personnellement subi la brutalité du régime ont peu de raisons de croire à son évolution. "Nous avons été emprisonnés à deux reprises en Iran. Nous avons perdu des amis qui ont été tués", raconte-t-il. "À mon avis, le gouvernement iranien va poursuivre son évolution vers une dictature encore plus brutale." Selon The Wall Street Journal, Téhéran a accéléré les exécutions de dissidents ces derniers mois.

Il estime également que l'Iran intensifiera son intimidation dans la région en augmentant son activité de procuration. "J'espérais sincèrement que l'intervention américaine, avec le soutien des forces israéliennes, accomplirait pour nous l'impensable en très peu de temps", confie-t-il.

"Je me suis surpris à imaginer un changement rapide, comme un repas de fast-food."

Ces cinq derniers mois lui ont appris à placer sa confiance en Dieu qui, contrairement aux dirigeants et aux gouvernements, ne déçoit jamais. Il dit avoir vu Dieu agir au cœur même de la souffrance, préparant lentement un festin dans le désert pour le peuple iranien et faisant grandir son Église.

Il cite son propre parcours comme exemple. Il fut le premier musulman de sa famille et de son quartier à se convertir au christianisme. Aujourd'hui, il est convaincu que la ville où il a professé sa foi en 1981, pourtant l'une des plus religieuses d'Iran, compte désormais davantage d'Églises de maison que de mosquées.

"Dieu utilise tous les ingrédients des atrocités humaines à travers l'histoire pour accomplir sa puissante volonté", conclut Mansour Khajehpour.

"Quelque chose de bon est en train de mijoter dans la cuisine, et nous commençons déjà à en sentir le bon parfum."

JILL NELSON

 

Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.

Crédit image : Shutterstock / BalkansCat

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