Haïti : les églises prises pour cible par les gangs

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L’emprise des gangs armés sur de vastes portions du territoire haïtien contraint des dizaines de paroisses à fermer. Les prêtres, religieux et fidèles sont exposés à des violences croissantes. Malgré les menaces et les attaques, les églises continuent d’assurer leur mission auprès d’une population durement touchée par l’insécurité.

En Haïti, les gangs armés contrôlent près de 90 % de la capitale, Port-au-Prince, d’importantes parties des départements de l’Artibonite et du Centre. Ces gangs mettent en place des péages illégaux et contraignent des paroisses et des églises à fermer.  Une fois confisqués les territoires paroissiaux sont parfois transformés en base pour ces mêmes gangs. 

À Port-au-Prince, 40 paroisses ont dû fermer. Dans le Plateau Central 15 autres ont cessé leurs activités, ainsi que 10 autres dans l’Artibonite. Les écoles catholiques et les maisons religieuses ont également subi des attaques répétées. En dépit de cette pression, l’évêque de Jérémie, Joseph Gontrand Décoste, estime que les églises et les religieux sont l’un des derniers repères qui subsistent dans le pays.

"Nous sommes le dernier rempart qui subsiste moral, éthique, spirituel et prophétique. C’est pourquoi ils veulent nous éliminer."

Ces dernières années, les chrétiens ont subi de nombreuses attaques.  Les sœurs Evanette et Jeanne, des Petites Sœurs de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, ont été tuées par des gangs armés à Mirebalais, dans le centre d’Haïti 31 mars 2025. Le 19 janvier, six religieuses des Sœurs de Sainte-Anne avaient été enlevées puis relâchées quelques jours après.

Malgré ces graves dangers, Mgr Décoste a déclaré que l’Eglise continue de servir le peuple haïtien par l’accompagnement pastoral, la prière, des émissions de radio, l’enseignement en ligne. Elle apporte également une aide concrète à des milliers d’Haïtiens déplacés à l’intérieur du pays.

"Nous continuons à prier, à chanter et à danser. En Haïti, nous disons : Tant qu’ils ne nous ont pas coupé la tête, nous avons encore l’espoir de porter un chapeau. C’est pourquoi nous ne perdons jamais espoir."

En mai dernier, Mgr Pierre-André Dumas, évêque du diocèse d’Anse-à-Veau-Miragoâne, avait dénoncé l'indifférence de la communauté internationale envers Haïti. Il a ensuite appelé à retrouver le sens de la solidarité envers ce pays, notamment à travers "une journée mondiale de prière".

Les élections législatives et présidentielles, initialement prévues le 30 août, ont été reportées à décembre. Toutefois, des sources ecclésiales estiment que la tenue du scrutin reste incertaine tant que des gangs armés contrôlent de vastes régions du pays. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti peine à retrouver une situation stable.

Un rapport de Pew Research Center portant sur l'année de 2020, estime que 88,7 % de la population haïtienne est chrétienne.

Elormise Pierre

Crédit Image : Shutterstock / gratteful777

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