Pasteur pendant plus de vingt ans à Dijon, Franck Segonne a porté avec son épouse Sandrine un café associatif devenu un véritable lieu d’accueil, de rencontres et de témoignage. Une expérience qui a nourri son livre "L’évangélisation durable : une vie à partager" ( Éditions Clé) et qui se poursuit aujourd’hui sous une autre forme, dans un village à la frontière de la Suisse. Le Conseil National des Évangéliques de France l’a rencontré afin de mieux comprendre son engagement.
- Qui êtes-vous ?
Franck : Je me suis converti à l’âge de 22 ans. J’ai donc connu la vie sans la foi avant de découvrir l’Évangile, et cela a marqué ma manière de témoigner. J’ai rencontré Christ en tant qu’étudiant, ce qui m’a donné une sensibilité particulière pour ce milieu. J’ai ensuite accompagné pendant vingt ans les Groupes Bibliques Universitaires comme référent pastoral. J’ai commencé mes études à l’Institut Biblique de Genève à 28 ans. Je n’étais pas parti pour devenir pasteur, mais les choses se sont faites progressivement. Et très vite, j’ai réalisé que j’avais aussi une fibre évangéliste.
Sandrine : De mon côté, je suis fille de pasteur. J’ai grandi en région parisienne dans un environnement où l’Évangile et l’accueil faisaient partie du quotidien. Mon père était un vrai évangéliste, donc j’ai été sensibilisée très tôt à cette dimension. Je me suis convertie jeune et j’ai suivi une formation biblique. Ensuite, j’ai servi dans mon Église jusqu’à ce que je rencontre Franck. Nous sommes mariés depuis vingt-quatre ans et nous avons trois enfants.
- D’où vient chez vous cette place donnée à l’hospitalité ?
Sandrine : Cela vient autant de notre histoire que de nos dons. Franck comme moi, nous aimons recevoir. Dans nos familles respectives, l’hospitalité avait déjà une place importante. Le café est devenu pour nous un moyen très naturel de vivre cette vocation : accueillir les gens, leur dire en quelque sorte "vous êtes précieux, et nous voulons prendre soin de vous".
Franck : Dans l’évangélisation durable, on tient compte de la personne qui témoigne, donc de ses dons. Tout le monde n’est pas appelé à évangéliser de la même manière. Certains sont très à l’aise pour annoncer l’Évangile directement. D’autres sont davantage dans l’accueil, le service, la préparation. Dans un projet comme un café, chacun peut trouver sa place.
- Comment est né le café à Dijon ?
Franck : Quand nous étions à Dijon, j’étais pasteur et déjà engagé auprès des étudiants. Mais ils avaient beaucoup de mal à inviter leurs amis dans un bâtiment d’Église. Et à la faculté, nous n’obtenions pas de salle pour nous réunir. Avec d’autres chrétiens, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions proposer. L’idée du café est née ainsi : créer un lieu au centre-ville, accessible à tous, où les étudiants pourraient venir naturellement. Il a fallu créer l’association, trouver un local, faire des travaux, lever des fonds… mais le projet a finalement vu le jour.
Sandrine : Au départ, c’était très lié aux étudiants. Mais le café est vite devenu un lieu de quartier, fréquenté par des habitants, des associations, des familles. Et pour moi, il était important que ce soit un vrai café, avec un accueil et une qualité irréprochables. Un lieu où chacun se sent bien.
- Quelle était votre vision derrière ce lieu ?
Franck : Nous voulions travailler ce que j’appelle le terrain. Dans la Bible, l’évangélisation est souvent comparée à un champ : on laboure, on sème, on arrose, puis on récolte. Dans les milieux évangéliques, on insiste beaucoup sur l’annonce directe de l’Évangile, mais on oublie parfois le travail préparatoire. Quand Jésus dit à ses disciples qu’ils récoltent le fruit du travail d’autres qu’eux, cela signifie que quelqu’un a préparé le terrain avant eux. Avec le café, nous voulions justement travailler ce terrain.
Sandrine : Pour moi, une phrase résume bien cela : "Il faut aimer les gens pour ce qu’ils sont, et pas pour le chrétien qu’on voudrait qu’ils deviennent." Cela change tout. Notre objectif n’est pas de conquérir quelqu’un, mais de créer une relation authentique. L’annonce de l’Évangile peut venir, mais elle s’inscrit dans une relation réelle.
- Concrètement, comment cela se vivait-il au café ?
Franck : J’ai appris avec le temps à ne pas aller trop vite. Au début, quand un client me demandait mon métier, je répondais immédiatement que j’étais pasteur. Et souvent, je ne revoyais plus la personne. J’ai compris que cela pouvait être perçu comme une intention de convaincre. Alors j’ai appris à laisser la relation se construire. Et lorsque la question revenait plus tard, dans une relation déjà établie, la discussion devenait beaucoup plus naturelle.
Sandrine : Et derrière le comptoir, il y avait tout un travail invisible. Par exemple, nous mettions souvent un chrétien et un non-chrétien ensemble en cuisine pour préparer les pâtisseries. Ce sont souvent dans ces moments simples que les discussions les plus profondes naissaient. Nous étions intentionnels dans ces choix, mais toujours dans la simplicité.
- Pourquoi cette aventure s’est-elle arrêtée ?
Franck : J’avais décidé dès le départ que je ne resterais pas plus de vingt ans pasteur au même endroit. Le départ de Dijon était donc prévu. Le Covid a ensuite fragilisé le café. L’équipe qui a pris notre suite a continué un temps, mais avec les fermetures et les charges fixes, l’activité n’a pas pu être maintenue.
Sandrine : C’était un projet magnifique, mais aussi très exigeant. Il demandait beaucoup d’énergie et de ressources. Malgré tout, nous avons vu combien ce lieu avait trouvé sa place dans la ville.
- Que vivez-vous aujourd’hui ?
Franck : Nous nous sommes installés à la frontière Suisse. Au début, en pleine période Covid, il était difficile de créer du lien. Nous avons donc commencé très simplement : accueillir des voisins chez nous, organiser des moments conviviaux, ouvrir notre maison.
Sandrine : Très vite, nous avons senti qu’il y avait un vrai besoin de relations. Avec d’autres personnes du village, nous avons créé une association et lancé un "café éphémère". Chaque semaine, pendant quelques heures, nous ouvrons un espace d’accueil dans une salle prêtée par la mairie. L’idée est de garder quelque chose de simple, sans lourde structure, mais toujours centré sur la rencontre. Je me suis aussi engagée dans la vie locale, notamment au centre communal d’action sociale.
- Un mot de la fin ?
Franck : L’évangélisation durable, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. Nous ne décidons ni du rythme, ni du moment, ni du fruit. Notre responsabilité est d’aimer, de semer et de créer des espaces où la confiance peut naître.
Sandrine : Oui. Et, je le répète, cela signifie aimer les gens pour ce qu’ils sont, et pas seulement pour ce qu’on espère qu’ils deviennent. On ne fait pas cela pour obtenir un résultat immédiat. On le fait parce que c’est la manière dont Jésus nous apprend à aimer.
Un article du Conseil National des Evangéliques de France. Publié avec autorisation. Au travers de la série "Témoignages de terrain", le CNEF souhaite mettre en lumière des initiatives locales qui font vivre l’Évangile au cœur des territoires, afin d'inspirer et encourager chacun à s’engager, là où Dieu l’a placé.