À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. Cette semaine, la question choisie est : "Sur quoi je bâtis?"
"Ainsi, quiconque écoute ce que je viens de dire et le met en pratique sera comme un homme intelligent qui a bâti sa maison sur le roc. […] Mais quiconque écoute ce que je viens de dire et ne le met pas en pratique sera comme un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable." Évangile de Matthieu, chapitre 7, versets 24 et 26
Un roc et un abri sûr
Un immeuble peut s’écrouler à cause d’un tremblement de terre. Notre vie aussi quand un malheur nous tombe dessus à l’improviste. Notre foi en Dieu peut également s’effondrer quand nous le rendons responsable du mal que la vie nous fait ou fait aux autres.
Comment construire sa vie sur un fondement solide pour qu’elle résiste aux grandes tempêtes de l’existence ? Chercher sa sécurité dans des choses matérielles ou extérieures (l’argent, les biens, la carrière, la reconnaissance sociale ou encore la santé), n’est-ce pas illusoire ou éphémère ? Aucune ne protège le cœur.
Et si nous cherchions à l’intérieur de nous-mêmes une terre ferme à laquelle nous arrimer ? Celle ou celui qui sait pourquoi il vit et pourquoi il travaille trouvera toujours des ressources pour rebondir. Celle ou celui qui tient à ses valeurs comme on tient à son enfant pourra garder le cap même quand il traversera les pires situations. Celui ou celle qui ancre sa vie vraiment en Dieu découvrira toujours des raisons de vivre et d’espérer.
Des hommes et des femmes de la Bible ont expérimenté que Dieu était pour eux, même au cœur de la tourmente, un roc et un abri sûr, permettant de rester debout, vivant, confiant. Cela, le monde ne peut pas nous l’offrir.
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly
Une construction au long cours
Nous aspirons tous à une forme de stabilité : familiale, émotionnelle, relationnelle ou professionnelle. Mais parler de stabilité, c’est surtout parler de fondations. Plus elles sont solides, plus l’édifice est durable.
Or, construire de telles bases ne se fait ni dans l’urgence ni dans l’immédiateté mais exige de creuser en profondeur. Dans le médico-social, lorsque je suis accompagnant, cela implique de comprendre la personne que j’accueille dans sa globalité : son histoire, ses fragilités, son environnement. Dans mes relations, c’est prendre le temps de connaître l’autre afin de bâtir la confiance. Dans ma vie personnelle, la stabilité émotionnelle suppose d’explorer en profondeur mes réactions, mes sentiments et leur origine.
Ce travail demande d’accepter l’absence de résultats immédiats, ce qui est parfois frustrant. Pourtant, ce temps long permet le résultat durable. Aller trop vite, c’est risquer de construire sur des assises fragiles. Dans la Bible, lorsque Jésus nous invite à bâtir sur le roc, il nous appelle non seulement à écouter sa Parole, mais à la mettre en pratique, la laisser pénétrer les profondeurs de notre âme et nous révéler nos fondations instables.
Cette transformation, de l’intérieur vers l’extérieur, ne peut se faire que sur le long terme, lorsque j’accepte de lui soumettre mon cœur.
Dorcas Moury, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie à Épinay-sur-Seine (93)
La justice et la paix pour fondements
Hier, une candidate à un poste de direction a expliqué, lors d’un entretien d’embauche, qu’elle recherchait un environnement stable, venant d’un secteur économique plutôt instable. Que lui répondre ? Nous nous consacrons principalement à la demande d’asile, par nature fluctuante, au gré des politiques internationales ; et à l’hébergement d’urgence et d’insertion… or la misère ne se planifie pas !
Depuis des dizaines d’années, nous avons été habitués à la mouvance des besoins auxquels il faut répondre, mais également à la fragilité de certains moyens financiers qui nous sont octroyés. Stables, vraiment ? Et pourtant ! Il y a un besoin de stabilité auquel nous devons répondre. Notons surtout, parmi d’autres, les mineurs non accompagnés – nous en hébergeons une petite centaine – qui ont besoin de points de repère, de personnes référentes qui sont… stables !
Alors nous qui sommes confrontés comme partout au turn-over… bravo aux travailleurs sociaux qui sont là depuis dix, même parfois vingt ans ! Nous fêtons cet automne les cinquante ans de notre association. Il faut quand même croire qu’il y a quelque chose de stable chez nous.
Notre fondement, selon notre projet associatif, c’est la justice et la paix, telles que la Bible les définit. C’est sans doute là qu’il faut chercher notre stabilité.
Jean-Marc Bellefleur, président d’Acces, Mulhouse (68)
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La Boussole, une revue de l'Entraide Protestante.