À qui profite vraiment la guerre ? : la question de la semaine de la FEP

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À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. La question de la semaine est : "À qui profite la guerre ?"

Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » La Bible, Évangile de Jean, chapitre 20, verset 21

Il n’y a pas de mots…

Nous voudrions répondre « à personne » mais c’est davantage une vérité morale qu’une réalité historique. La guerre, sur le court terme, enrichit toujours quelqu’un : des industriels de l’armement et des spéculateurs en tout genre. Il y a aussi les États ou les groupes qui prennent les armes et veulent nous faire croire que la guerre est pour le bien des leurs.

On introduit l’idée qu’une guerre peut être moralement légitime et, de ce fait, cette possibilité ouvre un espace de justification presque infini dans lequel chacun reformulera son intérêt en valeurs (défense, liberté, sécurité…). Le mal commis devient un mal nécessaire, un bien déguisé.

Cependant, plus la légitimité a été construite sur de grands idéaux, plus la chute est vertigineuse. Les grandes justifications finissent dans les livres d’histoire. Les drames sans nom, eux, restent souvent sans mots. Entre les deux se trouve un gouffre et c’est là que se perd une part de vérité sur ce qu’est réellement la guerre : une femme qui cherche des photos de famille dans des gravats, un vieillard qui pleure devant un arpent de mur, un enfant qui ne comprend pas pourquoi son école a disparu.

La guerre ici ne se pense pas, elle se subit, seconde après seconde, dans une sidération que le langage peine à saisir.

Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Aucune guerre n’est "propre"

Les guerres se succédant (et se chevauchant) les unes après les autres, la question de savoir à qui profite la guerre est pertinente. Une chose est sûre : une guerre n’est jamais ni "juste" ni "propre". Ses effets se mesurent partout où elle sévit : destructions, morts, blessures, pertes, peurs, exils.

Qui en paie le prix ? Les humains bien sûr (enfants, personnes âgées et vulnérables, femmes, hommes, civils et militaires), mais également la nature et l’environnement (pollution innommable, mines et bombes enfouies dans le sol, augmentation du CO2, destruction des écosystèmes), et l’économie car tout ce qui est détruit devra être reconstruit, et cela peut prendre des décennies.

Mais les effets sur l’économie sont aussi immédiats pour des millions de personnes, même celles qui se trouvent loin des zones de conflits : augmentation du prix de l’énergie, des matières premières, des transports.

Alors, la réponse à la question initiale semble évidente : à personne ! sauf aux marchands d’armes et leurs sous-traitants, à certaines multinationales, et à des dirigeants politiques.

Et nous, chrétiens, que pouvons-nous faire ? Jésus affirme que ceux qui procurent la paix seront heureux et appelés fils de Dieu et l’apôtre Paul nous invite, dans la mesure où cela dépend de nous, à être en paix avec tous les hommes.

Christophe Hahling, pasteur méthodiste à Metz, membre du Comité français du Mouvement International de la Réconciliation (MIR)

Le monde associatif n’est pas toujours pacifique

Tout porte à croire que le monde associatif, souvent opposé à celui des entreprises, devrait être plus pacifique, détester les conflits et savoir – au pire – y mettre fin rapidement.

Une association regroupe en effet des hommes et des femmes, souvent bénévoles, ayant des engagements communs au service d’une passion ou d’une cause sociale, politique ou humanitaire.

En réalité, comme dans toute société humaine et malgré l’importance voire la noblesse des objectifs poursuivis ou peut-être à cause d’elle, les querelles de voisinage, d’egos, de pouvoir, les disputes d’une vérité contre une autre sont aussi présentes dans le monde des associations. Et ce avec une passion d’autant plus exacerbée que les règles de comportement n’y sont pas fixées.

Or là, comme ailleurs, les conflits ne règlent rien, bien au contraire. À l’intérieur de l’association, la violence est dévastatrice car elle mobilise l’énergie qui devrait être utilisée seulement à défendre les objectifs communs.

À l’extérieur, elle risque de détruire l’image de l’organisation et de réduire à néant son action et son influence. Une gouvernance solide et attentive peut seule anticiper les conflits, y mettre fin rapidement s’ils surgissent et ce sans attendre qu’ils s’apaisent seuls.

Henry Masson, membre du conseil d’administration de la FEP

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La Boussole, une revue de l'Entraide Protestante.

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