C’était presque un autre match dans le match. Si le huitième de finale de la Coupe du monde entre la France et le Paraguay ne restera pas dans les mémoires pour la qualité de son football (victoire française 1-0), il risque davantage d’être retenu pour l’attitude des joueurs paraguayens.
Provocations incessantes, mauvais gestes, simulations, tentatives de déstabilisation… Au fil des minutes, le spectacle a laissé place à une forme de malaise. Un malaise d’autant plus profond que plusieurs joueurs de cette sélection affichent publiquement leur foi chrétienne.
"Ce groupe a montré qu’avec la foi, il n’y a pas de rêves impossibles. Merci Seigneur de me guider à chacun de mes pas et de m’avoir donné le cran de ne jamais cesser d’y croire pendant ce Mondial." Les mots publiés par Julio Enciso quelques jours avant le match ne laissent guère de place au doute. Comme lui, plusieurs internationaux paraguayens revendiquent leur foi en Jésus-Christ. Lors de leur qualification face à l’Allemagne, des scènes de prières collectives avaient même été largement relayées.
Dès lors, le contraste est saisissant. Comment concilier une foi affichée avec une attitude qui semble en totale contradiction avec les valeurs qu’elle est censée incarner ? Pour Joel Thibault, aumônier du sport et membre de la Rédaction de Plus Que Sportifs, la réponse est sans détour.
"Ce type de comportement fait partie de ce qui m’a dégoûté du football lorsque j’avais 20 ans. Je garde notamment le souvenir d’un entraîneur qui donnait des coups et proférait des insultes racistes envers les adversaires pour les faire dégoupiller. Personnellement, ce n’est pas ma vision du football."
Encore aujourd’hui, l’aumônier dit avoir ressenti de la "colère" devant la prestation paraguayenne.
"Le problème n’est pas seulement de commettre des fautes. C’est cette contradiction entre une foi mise en avant publiquement et une volonté manifeste de tricher ou de provoquer."
Pour lui, la question dépasse largement le cadre sportif. En Matthieu 5.16, Jésus déclare : "Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux." Une exhortation qui prend une résonance particulière dans le sport de haut niveau, où chaque geste est observé. "J’essaie de promouvoir une vision du sport fondée sur l’amour du prochain et sur un fair-play authentique", explique Joel Thibault. Un principe qu’il cherche à transmettre aussi bien auprès des sportifs professionnels qu’il accompagne que dans ses responsabilités de dirigeant sportif.
Mais cette réflexion n’est pas nouvelle. Lors d’un épisode de la dernière saison du podcast Décrassage, Chanel Tchaptchet, joueuse de football et internationale camerounaise, lui avait posé une question pertinente : "Est-ce que prendre un carton jaune est un péché ?" Ce à quoi l’aumônier avait répondu :
"La faute fait partie du football. On peut commettre une faute sans que cela relève du péché. En revanche, lorsqu’il existe une véritable intention de blesser, de nuire ou d’humilier son adversaire, la question devient tout autre."
Une distinction qui éclaire le débat soulevé par ce France-Paraguay. Car si les fautes font partie du football, l’impression laissée samedi dernier allait bien au-delà d’un simple engagement physique. Paradoxalement, ce sont pourtant les Français qui ont terminé la rencontre avec le plus de cartons jaunes (trois), dont un pour Michael Olise après avoir exprimé son exaspération face à un nouveau mauvais geste adverse.
"Malgré tout, j’ai été impressionné par leur maîtrise de soi. Ils ont très souvent choisi de répondre par le silence."
Impossible, dès lors, de ne pas penser à Proverbes 26.4 : "Ne réponds pas à l’insensé selon sa folie, de peur que tu ne lui ressembles toi-même." La maîtrise de soi constitue l’un des principaux axes de l’accompagnement spirituel proposé par Joel Thibault.
"C’est un sujet que nous travaillons régulièrement avec les sportifs. Nous étudions les passages bibliques qui en parlent et je les encourage à préparer leurs matchs dans la prière. La sanctification n’est jamais le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une vie de discipline et de prière."
Plusieurs internationaux français, parmi lesquels Maxence Lacroix, Manu Koné ou Désiré Doué, affichent eux aussi leur foi chrétienne. Difficile d’affirmer que celle-ci explique leur calme durant cette rencontre. Mais leur attitude contraste, en tout cas, avec celle de leurs adversaires. Pour Joel Thibault, une limite a néanmoins été franchie.
"Ce qui m’a le plus choqué, c’est d’apprendre que certains membres de l’équipe du Paraguay seraient allés jusqu’à insulter la mère de Didier Deschamps alors qu’il venait de la perdre."
Le sélectionneur français, lui, a choisi l’apaisement. "Je ne vais pas critiquer le Paraguay. Chaque équipe joue comme elle peut. Mais les insultes sur le banc, je m’en serais bien passé. Surtout certaines." (La rédaction de Plus Que Sportifs adresse ses sincères condoléances à Didier Deschamps et à l’ensemble de sa famille NDLR) Avant de conclure avec sobriété :
"Le plus important, c’est qu’il n’y ait pas eu d’embrouilles à la fin."
Une réponse qui, à elle seule, rappelait que la véritable victoire ne se mesure pas toujours au tableau d’affichage.
La Rédaction de Plus Que Sportifs