Anesthésia, le film de Damien Boyer qui interroge la légalisation de l’euthanasie

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Le 24 juin dernier est sortie le film de Damien Boyer sur l'euthanasie, intitulée Anesthésia. À quelques jours du vote final de l’Assemblée nationale sur ce sujet, InfoChrétienne l’a rencontré afin d’évoquer la frontière étroite entre la compassion et l’abandon.

InfoChrétienne : Votre enquête s'intitule Anesthésia, un titre qui renvoie à un geste médical destiné à supprimer la douleur. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Damien Boyer : Je souhaite poser la question suivante à ceux qui regardent le film : en votant la loi sur la fin de vie, ne sommes-nous pas endormis ? Avons-nous compris les enjeux ? Il s’agit, en réalité, de retirer la vie à des personnes vulnérables.

Concernant le nom de l’enquête, il s’agit d’un jeu de mots, car beaucoup pensent, de prime abord, qu’il s’agit du mot "euthanasie". Il y a un mélange entre l’endormissement et la mort, et j’ai souhaité jouer avec cela. Il y a aussi une référence fantastique, comme si un nouveau monde émergeait, car nous n’avons jamais mis en place le suicide assisté dans notre société.

InfoChrétienne : Pourquoi avoir décidé de consacrer cette enquête à l'euthanasie ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous emparer de ce sujet ?

Damien Boyer : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’ai vécu l’accompagnement de ma belle-mère, décédée de la maladie de Charcot. C’est d’ailleurs cette maladie qui a été prise comme exemple de l’inacceptable par les associations qui militent pour l’euthanasie. C’est une maladie très dure, car on perd ses moyens. Ceci étant dit, les soins palliatifs permettent de soulager la douleur et de montrer à la personne malade qu’elle est accompagnée et aimée jusqu’à sa mort naturelle. Il y a, selon moi, un manque de justesse et une exagération chez ceux qui parlent d’une agonie terrible.

De plus, il y a six ans, j'ai co-produis le film "Et je choisis de vivre", qui raconte le parcours initiatique d'Amande, qui après la perte de son fils, part à la rencontre de ceux qui ont traversé la même épreuve. Ainsi, lorsque j’ai entendu parler de cette loi, j’ai souhaité montrer son impact réel, qui est plus grave que ce que l’on souhaite nous montrer. C’est pourquoi je suis allé voir ceux qui l’ont vraiment vécu.

InfoChrétienne : En effet, Anesthésia donne la parole à différentes personnes issues de cinq pays différents : les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, le Québec et l’Écosse. Pourquoi avoir choisi cette approche pour aborder des thèmes comme la dignité, la vulnérabilité ou encore le choix de mourir ?

Damien Boyer : Afin d’être au plus proche de la réalité plutôt que de l’imaginer. La plupart des films qui existent sur le sujet donnent la parole à ceux qui souhaitent mourir, mais ils ne parlent jamais de l’envers du décor ni de ce qu’il se passe dans les familles. Avec mon film, on comprend que c’est plus compliqué que ce qui est simplement discuté à l’Hémicycle.

InfoChrétienne : Parmi toutes les histoires recueillies, y en a-t-il une qui vous a particulièrement marquée ? Pourquoi ?

Damien Boyer : Les cinq histoires sont toutes très fortes. Mais je citerais celle de Claire, dont le père a choisi l’euthanasie en raison de sa maladie dégénérative. Elle, a choisi de vivre avec malgré tout ce que cela comporte.

J’aime aussi l’histoire de Janine, qui est atteinte de la maladie de Charcot depuis trente ans et qui se trouve actuellement en soins palliatifs. Dans ce centre, les malades ne veulent pas seulement finir leurs jours, mais accomplir leur vie. Ce n’est pas quelque chose d’attirant de voir des personnes en fin de vie, mais il faut prendre le temps de les rencontrer et de comprendre qui elles sont.

InfoChrétienne : En tant que citoyen français, que pensez-vous de la loi sur la fin de vie, dont la dernière lecture à l’Assemblée nationale, en vue de son adoption définitive, aura lieu le 15 juillet prochain ?

Damien Boyer : Je suis triste, car je vois ce que cela va donner, puisque je peux comparer la France aux autres pays qui ont déjà légalisé cette pratique. J’éprouve aussi une grande déception face au manque de mobilisation des chrétiens, qui adorent Dieu à l’église alors que des gens meurent. Je constate que ce n’est pas considéré comme un sujet majeur, alors qu’il s’agit, selon moi, de l’une des lois les plus importantes.

Il y a comme une grande anesthésie dans les Églises évangéliques. Certains, comme Claire, ont tout de même compris la puissance de la vie et son caractère sacré. Quand Jésus dit : "J’ai mis devant toi la vie et la mort ; choisis la vie", cela change tout !

Propos recueillis par Mélanie Boukorras

Crédit image : Capture d'écran YouTube

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