La peur et l’incrédulité aggravent les difficultés d’un système de santé déjà sous tension.
Le pasteur Denis Dalanga, fondateur de l'Église du Ministère Chrétien des Familles, un réseau d’églises principalement implanté en République démocratique du Congo (RDC), voit l’épidémie d’Ebola ravager sa communauté.
Sa nièce, qui vivait à Mongbwalu — une ville minière de l’est de la République démocratique du Congo, épicentre de la dernière flambée épidémique — est décédée du virus en mai. L’un des membres de son Église, dans cette même ville, est soigné pour Ebola depuis deux semaines. Une autre fidèle, agente de santé à Bunia, a été testée positive le 22 mai, mais s’est rétablie en trois semaines. L’Église de Mongbwalu, précise Dalanga, reste fermée.
"Alors que je vous parle, Ebola se propage très rapidement", confie-t-il d’une voix grave, empreinte de tristesse. "Comme il n’existe aucun traitement, les gens meurent comme des sauterelles."
Dalanga peine à comprendre le nombre de personnes décédées si rapidement dans la région. Outre l’Église de Mongbwalu, le Ministère Chrétien des Familles compte également six implantations à Bunia et une à Kinshasa, toutes touchées par l’épidémie.
Les professionnels de santé et les pasteurs, comme Dalanga, s’efforcent de protéger leurs communautés tandis que la nouvelle souche Bundibugyo du virus Ebola — pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé — se propage plus vite que les efforts déployés pour l’endiguer. Les réductions de l’aide internationale en Afrique, le conflit qui perdure en RDC et la méfiance culturelle envers les autorités sanitaires ont affaibli les systèmes d’alerte précoce et ralenti les opérations de contrôle de l’épidémie.
Dalanga tente de traduire les consignes de santé publique dans un langage auquel ses fidèles peuvent faire confiance. Selon lui, le rôle de l’Église ne consiste pas seulement à réconforter les personnes endeuillées, mais aussi à aider la population à croire aux avertissements avant que d’autres familles ne soient frappées.
"Nous prions pour les victimes, dit-il, mais il est urgent que les gens prennent conscience de la réalité du danger afin d’arrêter ce carnage."
Au 29 juin, le gouvernement congolais faisait état de 1 274 cas confirmés d’Ebola et de 360 décès, selon Reuters. Le nombre réel de cas serait toutefois plus élevé, de nombreux observateurs estimant que l’épidémie avait commencé plusieurs semaines avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne déclare l’urgence sanitaire, le 16 mai. L’épidémie est concentrée dans la province orientale de l’Ituri, mais des cas confirmés ont également été recensés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. L’Ouganda a, de son côté, signalé 20 cas confirmés, dont deux décès.
La souche Bundibugyo présente un taux de mortalité estimé entre 30 et 50 %, même si l’OMS n’a enregistré jusqu’à présent qu’un taux de 14 % dans cette épidémie. À titre de comparaison, la flambée de la souche Zaïre entre 2014 et 2016, qui avait fait 11 325 morts, affichait un taux de mortalité d’environ 40 %.
Ebola se transmet par le sang ou les liquides biologiques d’une personne malade ou décédée de la maladie. Un contact direct avec ces fluides — notamment par une plaie ouverte ou les yeux, le nez ou la bouche — ou avec des vêtements ou une literie contaminés peut entraîner une contamination.
Selon l’OMS, la lutte contre Ebola en Afrique repose sur une chaîne d’actions complémentaires : détection des cas, mobilisation communautaire, recherche des contacts, services de laboratoire, prévention et contrôle des infections, logistique, enterrements sûrs et dignes, formation et prise en charge des malades. Si un seul de ces maillons faiblit, l’ensemble de la réponse est ralenti.
L'USAID réduit les programmes non financés destinés à aider bon nombre de ces actions, y compris la détection des cas d'Ebola, l'alerte des communautés, l'envoi de kits d'intervention et le renforcement des systèmes de santé locaux, selon le média médical STAT.
Le Dr Paka Essodolom, de l’Institut togolais de recherche agronomique, explique que l’incertitude autour des financements internationaux pousse désormais les chercheurs africains à hésiter avant de lancer des projets nécessitant des équipements coûteux, des investissements de longue durée ou des partenariats scientifiques à l’étranger. Cette situation ralentit l’achat de matériel, l’importation de médicaments et limite les possibilités de formation.
"Cela pousse également les chercheurs africains à rechercher une plus grande autonomie et des solutions davantage locales", affirme-t-il.
Mais ces solutions prennent du temps à être développées. Le directeur des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a promis qu’un vaccin et un traitement contre la souche Bundibugyo seraient disponibles "d’ici la fin de l’année". En attendant, onze pays voisins restent exposés à une propagation du virus à travers des frontières poreuses.
Des années de conflits, largement alimentés par les conséquences du génocide de 1994 au Rwanda voisin, ont également fragilisé le système de santé congolais et sa capacité à répondre aux maladies contagieuses. Fin mai, l’OMS a appelé à un cessez-le-feu afin que les autorités puissent se concentrer sur la maîtrise de l’épidémie. Les déplacements massifs de population contraignent de nombreuses personnes à vivre dans des camps de réfugiés surpeuplés, où Ebola peut se propager rapidement.
Selon Reuters, des groupes armés empêchent également l’accès à certaines zones à haut risque, compliquant le suivi de la propagation du virus et la prise en charge des populations touchées.
Les habitants, eux aussi, résistent souvent aux recommandations des autorités sanitaires, par peur.
Fin mai, une foule a incendié un centre de traitement Ebola à Rwampara après que les autorités ont refusé de remettre à une famille le corps d’une victime pour son inhumation, rapporte l’Associated Press. Quelques jours plus tard, à Mongbwalu, des habitants en colère ont attaqué et incendié un centre de traitement exploité par Médecins Sans Frontières. Lors de cette seconde attaque, dix-huit patients suspectés d’être atteints d’Ebola ont pris la fuite dans la communauté.
La méfiance pousse également certains habitants à attribuer les décès à d’autres causes. "La population ne veut pas croire que cette maladie existe", déplore Dalanga.
Au début de l’épidémie, certains habitants étaient convaincus qu’« un cercueil maléfique » parcourait la ville la nuit en jetant des sortilèges, raconte le pasteur. Beaucoup attribuent encore ces décès à des forces mystiques ou aux sacrifices accomplis par les chercheurs d’or pour obtenir la faveur des esprits.
L’évêque Nicke Drandu Ahutu, de l’Église du Réveil du Congo en Ituri, explique que certains présentent Ebola comme une invention politique, une malédiction spirituelle ou encore un stratagème imaginé par des soignants cherchant à s’enrichir.
"La rumeur qui complique le plus les choses, c’est l’idée que les équipes d’intervention sont là pour gagner de l’argent sur leur dos", explique-t-il. "Et que ceux qui meurent décèdent parce qu’ils sont allés à l’hôpital."
Une telle croyance peut avoir des conséquences mortelles. Selon Ahutu, certaines personnes malades restent chez elles jusqu’à ce que leur état soit très avancé. Lorsqu’elles finissent par être hospitalisées et décèdent, leurs proches concluent que c’est l’hôpital qui les a tuées, au lieu de reconnaître qu’elles sont arrivées trop tard.
Dalanga souligne également que cette incrédulité conduit de nombreuses personnes à ignorer les recommandations sanitaires. Certains continuent d’acheter et de consommer des chauves-souris vendues sur les marchés, malgré les avertissements de longue date des autorités de santé concernant la transmission de maladies entre la faune sauvage et l’homme.
Depuis la chaire, Dalanga s’appuie notamment sur l’histoire de Naaman, le chef de l’armée syrienne venu chercher la guérison auprès du prophète Élisée (2 Rois 5), afin d’aider les croyants à comprendre l’importance d’obéir aux consignes, même lorsqu’elles paraissent humiliantes, douloureuses ou inhabituelles.
"Nous expliquons que si nous prenons cette maladie à la légère, nous risquons de nous contaminer, de contaminer nos familles et même toute l’Église", explique-t-il.
Ahutu indique que sept pasteurs de Bunia sont morts de la maladie et qu’une Église, La Louange, a fermé après avoir perdu trois pasteurs. La peur a également vidé les assemblées. Son Église accueille habituellement plus de 150 personnes le dimanche, mais seulement 68 fidèles étaient présents le dimanche précédent.
Dans les Églises de Dalanga, les assemblées ont été divisées en groupes plus restreints afin de limiter les rassemblements. Les offrandes sont également collectées différemment pour éviter la propagation du virus. Les responsables ne touchent pas immédiatement l’argent déposé par les fidèles : ils le laissent dans le tronc, désinfectent les billets et les pièces, les exposent au soleil avant de les compter ultérieurement.
Pour Dalanga, la consigne la plus difficile est aussi la plus indispensable : ne pas s’approcher des malades ni des défunts, même lorsqu’il s’agit d’un membre de sa famille.
"C’est extrêmement difficile, dit-il, mais nous l’acceptons ainsi."
Dans de nombreuses communautés, honorer les défunts consiste à ramener le corps à la maison, réunir la famille autour de lui, le laver ou le toucher, prier à proximité et accompagner le défunt jusqu’à son enterrement. Or, les corps des personnes décédées d’Ebola restent hautement contagieux et tout contact avec le corps ou ses fluides peut transmettre le virus.
Dans la province de l’Ituri, le gouvernement interdit désormais aux hôpitaux de restituer les corps des victimes d’Ebola à leurs familles, explique Dalanga. Lorsqu’un patient décède, l’hôpital travaille avec la Croix-Rouge et les équipes funéraires pour fournir des sacs mortuaires. Le corps y est placé immédiatement, sans attendre le lendemain.
La famille est informée et peut acheter un cercueil "afin d’offrir une sépulture digne", mais le corps reste scellé. Les proches peuvent assister aux funérailles, mais à distance. Ils ne peuvent ni laver le corps, ni le toucher, ni même le voir une dernière fois.
"Si vous voulez accompagner votre frère ou votre parent jusqu’à sa dernière demeure, vous le faites de loin", explique Dalanga. "Cette maladie est véritablement dévastatrice."
Dalanga souhaite que son Église comprenne les deux dangers : le virus Ebola lui-même, mais aussi la peur qui l’entoure. Selon lui, cette peur pousse les personnes à cacher leurs symptômes, à fuir les centres de traitement, à refuser les équipes chargées des enterrements sécurisés, voire à attaquer ceux qui cherchent à les aider. Il veut que son Église devienne un lieu où cette peur est vaincue.
"Dans ces moments-là, conclut-il, l’anxiété est un ennemi aussi dangereux que la maladie."
Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.
Aj Johnson