Écologie : pourquoi ai-je honte ? - la question de la semaine de la FEP

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À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. La question de la semaine est : "Écologie : pourquoi ai-je honte ?"

"Vous mangerez à votre faim, vous m’acclamerez, moi, le Seigneur votre Dieu, qui accomplis pour vous des merveilles. Et jamais plus mon peuple ne sera livré à la honte…" La Bible, Joël, chapitre 2, verset 26

J’ai acheté une voiture hybride

Dans les Églises, le message proclamé dimanche après dimanche redit que chaque personne a une valeur infinie et que lorsqu’on n’est pas très fier de soi, Dieu pardonne et relève. Gratuitement. Par pur amour.

Oui, c’est beau tout ça, mais suffit-il de l’entendre pour en voir les effets en nous ? Dans le domaine de l’écologie, je suis persuadé que nous sommes bien plus accablés par la honte que nous sommes prêts à le reconnaître. Les glaciers fondent, à cause de nous. Les forêts brûlent, à cause de nous. Les générations futures hériteront d’une terre polluée et dégradée. Si on regarde la situation en face, avec notre intelligence ou notre sensibilité, il est difficile de ne pas culpabiliser et de ne pas être écrasé par la honte, la honte écologique. Alors on essaie de s’autojustifier – "Moi j’ai changé ma chaudière", "Moi j’ai acheté une voiture hybride", "Moi je ne prends plus l’avion"… – et de reporter notre culpabilité sur nos interlocuteurs qui, eux, n’ont peut-être pas les moyens de faire ces choix.

Le Dieu de la Bible nous aide à nous regarder tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts : oui nous abîmons la terre, mais oui il est aussi possible d’y laisser de belles traces. Pour cela nous avons besoin, non pas de nous accuser les uns les autres, mais de nous consoler et de nous encourager. 

Robin Sautter, pasteur, président du Conseil régional de l’EPUdF en Centre-Alpes-Rhône

Nous avons la force d’un tsunami

À l’origine, dans la Bible, il y a un récit de création dans lequel Dieu ordonne le monde pour le rendre habitable et en confie la responsabilité à l’humanité. Au loin, un horizon se dessine : manger à sa faim, ne plus être humilié, acclamer Dieu qui fait des merveilles. Vivre en paix avec soi-même et avec les autres, dans un monde réconcilié.

Entre les deux, il y a nous aujourd’hui, écartelés et bien conscients du gouffre qui sépare ce que nous vivons de ces deux visions, impuissants dans un monde qui court à sa perte entre guerres et changement climatique. Étouffés par une culpabilité qui nous désespère, broyés par un système qui nous échappe.

C’est exactement là qu’en Christ crucifié Dieu nous rejoint : Jésus a connu la honte, l’injustice, la menace et de toutes il nous sauve. Avec lui, nous apprenons à les traverser pour nous diriger vers la lumière.

À vue humaine, il n’y a plus d’espoir, mais Dieu nous offre une espérance. En relevant la tête pour garder les yeux rivés sur sa promesse qui nous précède et nous devance, nous trouvons le courage de nous engager au quotidien. Nous ne sommes peut-être qu’une goutte d’eau perdue dans l’océan, mais ensemble nous avons la force d’un tsunami. Chaque note à sa place, nous jouons une belle symphonie.

Anne Faisandier, pasteur EPUdF, Temple du Marais (75)

Parfois, j’ai honte

Comme je regrette la petite maison de mes aïeux que j’ai dû quitter pour venir ici ! Avec ses murs épais qui gardaient l’intérieur au frais et son jardin à l’ombre, on n’avait besoin de rien. Moi qui ai toujours été économe, ça me fait mal au cœur de brûler de l’énergie comme ça, avec la climatisation qui tourne jour et nuit dans l’Ehpad. Ce matin, j’ai lu dans le journal ce que ça consomme et ces factures énormes qui font monter le prix des séjours. Et mes pauvres enfants qui doivent payer !

C’est sûr que j’ai de la chance et que je mange à ma faim. Mais je me sens mal. Je me sens mal car je suis obligée de subir ce que je ne voudrais pas. Dois-je dire merci ? Ou demander pardon pour tout ce gâchis ? Parfois j’ai honte, je suis tellement impuissante et inutile, j’ai envie de monter au Père pour ne plus rien coûter à personne. Heureusement, mes enfants ont eu une idée magnifique : pour compenser d’une jolie manière cette climatisation imposée, ils ont commencé à planter des haies dans le jardin familial, en mon nom : une avec des arbres fruitiers et plusieurs autres pour les insectes et les papillons.

Ils m’ont dit : "C’est ta philosophie de vie qui nous inspire aujourd’hui." Savoir que mon exemple influence mes enfants et porte du fruit pour mes petits-enfants a réchauffé mon cœur et m’a procuré une grande paix.

Adèle S., 85 ans, résidente d’Ehpad

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Crédit image : Canva

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