À partir d’une question d’actualité vécue par ses membres, la Fédération de l'Entraide Protestante offre quelques pistes de réflexion éthiques, spirituelles, ou simplement humaines, pour nourrir le sens de nos actions. La question de la semaine est : "Touché mais pas coulé ?"
"Il restaure mon âme." La Bible, Psaume 23, verset 3
Apprendre à nager
Il y a des femmes enceintes à Gaza, des mariages en Ukraine. On aménage des habitations dans les ruines en Haïti, on travaille inlassablement la terre infertile au Soudan. Le peuple juif rallumera les bougies d’Hannouka en décembre. Partir, reconstruire, donner la vie à nouveau. Quel mystère que cette force en nous : résister, recommencer, continuer !
Nous sommes des épaves, des rafiots torpillés que les avaries paraissent condamner – et pourtant vivants. Touchés, abîmés, mais pas coulés. Doués pour nous détruire, doués aussi pour résister, riposter, espérer. Mais pour ne pas sombrer, encore faut-il savoir nager, et cela ne s’improvise pas... Encore faut-il accepter de plonger, de retenir son souffle, de boire la tasse sans doute, de toucher le fond peut-être, pour pouvoir remonter humblement. Nous sommes capables de bravoure, c’est certain, mais il nous faut apprendre à nager.
Pour donner du sens aux naufrages, il me faut des liens – affectifs, sociaux, symboliques. Des liens d’amour, d’amitié, de foi qui m’aident à passer de la douleur muette à l’action. Des planches de salut, visibles, invisibles, qui restaurent mon âme et me ramènent à la surface. Et un phare m’éclaire dans la nuit, je trouve sa lumière dans le Psaume 23.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
La troisième main
La résilience... Le petit mot magique qui change le mal en bien. L’épreuve peut devenir une chance ; la souffrance, une étape nécessaire à la construction de soi. Selon son très médiatisé prophète, Boris Cyrulnik, "la résilience, c’est apprendre à danser sous la pluie plutôt que d’attendre que l’orage passe".
Le mot rejoint chacun d’entre nous dans son combat existentiel, qu’il soit aidé ou aidant. Nous avons tous un caillou dans la chaussure qui nous amène à nous interroger sur notre seuil de tolérance au mal. Certains luttent en silence cherchant à garder fière allure, d’autres sont à l’arrêt au bord du chemin, les pieds en sang, touchés-coulés...
La résilience serait ainsi l’apanage des durs au mal qui savent tirer les leçons de la vie. Le message biblique nous ouvre un chemin de compréhension de nous-même moins glorieux mais tellement plus réaliste. Il décrit l’existence comme une fuite éperdue plutôt qu’un combat héroïque. L’homme puise en lui-même plus de culpabilité que de force, plus de désespérance que de résilience. Parvenu au bout de ses illusions, touché et coulé, il tend ses deux mains vides vers le ciel en signe de capitulation et d’ultime espérance. Une troisième main s’invite alors dans son histoire, le relève et restaure son âme : celle du Dieu sauveur.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac
Rien n’arrive par hasard
Je me suis retrouvée dans un CHRS de l’Armée du Salut parce que je n’avais plus de logement. J’étais en colocation et ça s’est mal terminé. Mais après ce que j’avais déjà subi, un grave accident de voiture à l’âge de vingt-quatre ans qui m’a laissé un sérieux handicap, c’était presque anecdotique. On peut être touché sans être coulé.
On peut être touché et rebondir. C’est une question de tempérament. Je suis l’aînée de cinq enfants. Se plaindre, se laisser aller, ce n’était pas le genre de la maison. J’ai suivi un parcours professionnel ; malgré mon handicap, j’ai été chef de cuisine. On a le droit de crier, de pleurer et puis après, on sèche ses larmes et hop, on repart.
La directrice du CHRS a vu très vite qui j’étais et elle m’a invitée à participer au comité local de santé mentale. Après, j’ai intégré le CRPA, le Conseil régional des personnes accueillies et accompagnées, puis sa version nationale, le CNPA. Aujourd’hui, je participe à des commissions très importantes comme le Haut conseil du travail social ou le Conseil national de l’organisation sanitaire et sociale. On travaille sur des projets de loi. C’est très intéressant parce qu’on côtoie des députés, des sénateurs et même des ministres. Je crois que les choses ne nous arrivent pas par hasard dans la vie. Passer par la case CHRS m’a permis d’être à la place où je suis aujourd’hui.
Florence Viale, membre du Conseil régional des personnes accueillies et accompagnées
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La Boussole, une revue de l'Entraide Protestante.