Innondations au Kenya : un pasteur tente de reconstruire son église détruite

innondations_kenya_pasteur_tente_reconstruire_eglise

Le 3 mars, Benjamin Kogo, pasteur des Assemblées de Dieu du Kenya, s'est levé tôt pour ouvrir son église, située à 100 mètres de sa maison dans le village d'Emng'wen, sur les pentes du mont Elgon, dans le comté de Trans-Nzoia. Après une nuit de fortes pluies, il se préparait à la prière matinale. Mais en arrivant sur place, il a découvert que le bâtiment s’était effondré pendant la nuit : la toiture en tôle gisait à même le sol.

"Nous pensions qu'il s'agissait d'une simple pluie", a déclaré Kogo.

"Nous ne nous attendions pas à de tels dégâts."

Le pasteur a prié avec quelques fidèles déjà présents, puis il a appelé les autres membres de l’église pour les informer de la catastrophe. Le culte du dimanche suivant a été annulé afin de laisser aux responsables le temps de trouver un autre lieu de rassemblement. Kogo a également appris que l’école primaire de Kitum, où une autre branche de l’église se réunissait souvent, avait elle aussi subi un effondrement et des inondations.

Ce même dimanche, à plus de sept heures de route de là, à Nairobi, des pluies torrentielles ont provoqué des inondations dans la capitale. Plusieurs églises du quartier de Mukuru ont été submergées sous plusieurs dizaines de centimètres d’eau, perturbant les offices dominicaux et forçant 300 familles vivant à proximité à quitter leurs habitations.

La police nationale kényane a imputé aux inondations 110 décès survenus dans 30 des 47 comtés du pays ainsi que le déplacement de 35 000 personnes. Ces crues printanières ont succédé à une période de sécheresse extrême dans le nord du Kenya, le long de la frontière somalienne, qui a menacé de famine deux millions de personnes.

Les changements climatiques, les défaillances des systèmes d'alerte précoce ainsi que l’insuffisance des infrastructures et des plans de réponse aux catastrophes rendent les Kényans — comme de nombreux Africains — particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles et ralentissent considérablement les efforts de reconstruction. Certains chercheurs attribuent ces inondations records à des conditions climatiques plus humides liées au changement climatique. Ils soulignent également que la saison des pluies de mars à mai en Afrique de l’Est est devenue plus intense et imprévisible.

Même si le nombre de morts liés aux catastrophes climatiques diminue à l’échelle mondiale, les populations africaines restent particulièrement touchées.

Dans de nombreux cas, les prévisions météorologiques officielles demeurent peu fiables, ce qui nourrit la méfiance de la population. Certains Kényans préfèrent continuer à se fier aux rythmes traditionnels pour planter leurs cultures plutôt qu’aux bulletins météo nationaux, parfois indisponibles dans leur langue locale. D’autres, notamment dans les communautés pastorales, accordent davantage de crédit aux "faiseurs de pluie" traditionnels — des figures autochtones affirmant pouvoir prédire les pluies et les sécheresses — qu’aux météorologues. Kogo explique avoir entendu des avertissements concernant de fortes pluies et des inondations sur KBC, la chaîne nationale, sans toutefois les prendre au sérieux.

L’échec — ou la défiance — envers les systèmes d’alerte précoce laisse les Kényans vulnérables. Les inondations et les glissements de terrain qui en résultent ne détruisent pas seulement des bâtiments : ils désorganisent aussi les communautés.

"Les inondations nous ont dispersés", a déclaré Kogo.

"Nous devons marcher environ deux kilomètres jusqu'à une école où nous nous réunissons pour prier le dimanche."

Il essaie de maintenir la cohésion de sa congrégation de 80 membres, mais pour l'instant, ils ne peuvent pas se réunir pour les prières en semaine : toutes les salles de classe de l'école sont occupées.

D’autres régions d’Afrique orientale et australe ont également été durement frappées cette année. Fin janvier, le Mozambique a connu les pires inondations depuis des décennies : au moins 100 personnes sont mortes et 80 000 habitations ont été détruites. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que plusieurs semaines d’inondations intenses avaient affecté plus de 1,3 million de personnes dans six pays d’Afrique australe, dont l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Zimbabwe.

Début mars, les autorités ougandaises ont averti du risque de crues soudaines, de glissements de terrain et d’épidémies liées aux fortes pluies dans les districts situés le long de la frontière ouest du Kenya. Quelques jours plus tard, un centre de prière de Kampala a diffusé une vidéo montrant des fidèles évacuant l’eau de l’église Christ the Rock et lançant un appel aux dons pour financer sa reconstruction.

Au Kenya, le pasteur Sammy Logiron, de l’Église anglicane du Kenya à Kitale, affirme que sa communauté et les églises voisines se mobilisent pour aider à reconstruire l’église de Kogo. Des collectes de fonds sont organisées après les cultes du dimanche, avec l’invitation de personnalités locales fortunées — hommes politiques ou chefs d’entreprise — même lorsqu’elles ne sont pas membres de l’église. Les participants déposent de l’argent ou d’autres dons dans un grand panier placé au centre du sanctuaire. Ensuite, un pasteur invité prend la parole et annonce sa contribution en remettant espèces ou chèques. "Nous faisons des dons de nourriture, de vêtements et d'argent pour aider", a déclaré Logiron à Christianity Today.

"Nous sommes tous touchés. Quand un frère est en difficulté, il faut lui tendre la main."

Jusqu'à présent, l'église de Kogo a récolté 10 000 shillings kenyans (environ 77 dollars américains), une somme suffisante pour acheter des poteaux en bois et des clous afin de construire une structure provisoire. Kogo prévoit une autre collecte de fonds au sein de son église pour acheter des chaises en plastique que les fidèles pourront utiliser pendant les offices.

Alphonse Kanga, président du Conseil national des Églises pour la région de Nairobi, souligne que lorsque les inondations déplacent les populations, les églises fournissent souvent hébergement, nourriture et couvertures. Mais lorsque les bâtiments religieux eux-mêmes s’effondrent, cela prive aussi les habitants d’un soutien essentiel.

Kanga attribue ces catastrophes à la fois au changement climatique et aux défaillances des autorités publiques, davantage préoccupées, selon lui, par les luttes politiques et les recettes fiscales que par la protection de l’environnement :

"Si vous gérez mal la Terre, vous la détruisez. Vous allez à l'encontre de la volonté de Dieu."

Les Églises défendent depuis longtemps des pratiques agricoles durables et la protection des forêts contre l'exploitation minière et forestière excessive. Récemment, elles ont également demandé au gouvernement kényan d'investir dans les énergies vertes afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Certains responsables religieux kényans accusent également la corruption et les accaparements de terres d’avoir aggravé les inondations meurtrières dans le pays. Lors d’une conférence de presse tenue le 8 mars à Nairobi, l’évêque David Munyiri, de l’église Glory Outreach Assembly, a dénoncé des personnes influentes et corrompues qui auraient occupé des terrains destinés au drainage des eaux pour y construire leurs maisons et commerces. Il a appelé le gouvernement à renforcer sa gestion des catastrophes en récupérant les biens publics détournés et en luttant contre la corruption.

Selon une étude publiée en 2023, la corruption dans la préparation aux catastrophes constitue un problème mondial, contribuant souvent à provoquer ou à aggraver les catastrophes naturelles. Elle peut conduire à des infrastructures défaillantes, à une mauvaise application des règles d’urbanisme et au détournement des fonds destinés aux secours. Jackson Ole Sapit, archevêque de l’Église anglicane du Kenya, a exhorté le gouvernement de mieux faire respecter les lois encadrant les constructions autour des systèmes de drainage.

L’organisation de plaidoyer Resilience Action Network Africa (RANA), engagée sur les questions climatiques et sanitaires en Afrique, recommande que le gouvernement reprenne le contrôle des systèmes d’alerte précoce tout en encourageant les communautés locales à développer leurs propres évaluations des risques et leurs solutions de protection.

Les Églises tentent déjà d’agir dans ce sens. Au Soudan du Sud voisin, des pasteurs cherchent à apporter des réponses concrètes aux communautés touchées par les inondations. Le pasteur James Deng, évangéliste local dans la région de Bentiu, a déclaré au National Catholic Reporter :

"Les gens ne vivent plus chez eux, leurs récoltes sont détruites et la famine menace."

Selon Deng, les églises locales construisent des digues afin de protéger les habitants menacés par les innondations.

Sur les pentes du mont Elgon, au Kenya, Kogo et ses fidèles se réunissent désormais dans un bâtiment semi-permanent construit avec des poteaux de bois et de l’argile. Le pasteur explique qu’ils réutilisent les tôles récupérées de l’église effondrée et espèrent, à terme, acheter un terrain situé en altitude afin d’y bâtir une église plus durable.

Les membres de la communauté creusent désormais des terrasses pour canaliser les eaux de pluie qui dévalent les collines. Ils plantent également des arbres indigènes le long des berges afin de limiter l’érosion des sols. Des experts en environnement leur ont aussi conseillé de ne plus faire paître leurs animaux près des points d’eau, car cela fragilise les terres. De son côté, le gouvernement du comté a fourni des semences et des engrais aux agriculteurs dont les champs ont été ravagés par les inondations.

"C’est triste d’avoir perdu l’église, mais nous remercions Dieu qu’aucun de nos membres n’ait perdu la vie", conclut Kogo.

Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.

Crédit image : Shutterstock / Adriana Mahdalova (image d'illustration)

Dans la rubrique International >



Les nouvelles récentes >