Ouganda : décès de l'évêque anglican Senyonjo, rare voix amie des minorités sexuelles

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L'évêque anglican ougandais Christopher Senyonjo, rare voix religieuse défendant les minorités sexuelles dans ce pays d'Afrique de l'Est très pratiquant, est décédé le 19 juillet à l'âge de 94 ans.

L'Ouganda, pays chrétien à plus de 80%, a adopté en 2023 une loi antihomosexualité considérée comme l'une des plus répressives au monde, ouvertement soutenue par le clergé anglican local. La "Loi antihomosexualité 2023" rend passible de la prison à vie les relations entre personnes de même sexe ou leur "promotion". Senyonjo avait ouvertement critiqué une législation similaire adoptée en 2014 mais finalement annulée par la Cour constitutionnelle pour un motif de forme.

En 2010, sa photo avait été publiée, avec celle du militant des droits des minorités sexuelles David Kato, en une d'un tabloïd ougandais affirmant dénoncer les "principaux homosexuels du pays", sous le titre "Pendez-les". Kato avait été assassiné quelques mois plus tard et Senyonjo avait prononcé la prière lors de son inhumation.

"C'est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de l'évêque Christopher Senyonjo", écrit l'association Minorités sexuelles Ouganda (Smug) sur X. "Durant de nombreuses années, l'évêque Senyonjo s'est tenu à nos côtés (...) Il a consacré sa vie à servir les autres, spécialement ceux marginalisés et rejetés".

"Il était une âme et magnifique qui ne prêchait pas seulement l'amour mais le vivait chaque jour", écrit l'association de défense des droits des homosexuels Farug sur X, saluant son "soutien indéfectible" à la communauté homosexuelle.

L'Eglise anglicane d'Ouganda, dont se réclament environ 30% des Ougandais, avait exclu Senyonjo de ses rangs et l'avait privé de son ministère dès 2006, notamment pour avoir "persisté à ouvertement déformer les enseignements des Ecritures" sur "la sexualité humaine".

"Ils disent que je devrais condamner les homosexuels", avait déclaré l'intéressé, "je ne peux pas car j'ai été appelé pour servir tout le monde, notamment ceux qui sont marginalisés".

L'Eglise d'Ouganda avait "accueilli avec satisfaction" la loi antihomosexualité de 2023. "Vous ne devriez pas punir des gens pour ce qu'ils sont sexuellement", expliquait de son côté Senyonjo après le vote de la loi antihomosexualité de 2014, "punir des adultes consentants me semble très déshumanisant. On peut citer la Bible, les Ecritures", mais elles "sont souvent citées hors contexte".

Les Eglises anglicanes conservatrices, parmi lesquelles de nombreuses africaines, s'opposent depuis deux décennies, à leurs homologues britanniques sur la question de la sexualité.

La Rédaction (avec AFP)

Crédit image : Shutterstock / hyotographics

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