L’association Hozana a organisé une campagne de prière pour les députés français, dans le cadre du vote final de la loi sur la fin de vie, prévu le 15 juillet. À ce jour, 42 867 chrétiens se sont engagés à prier pour un député, afin qu’il se prononce contre ce projet de loi.
"Une chaîne de prière pour défendre chaque vie jusqu’à son dernier souffle."
Le 27 juin, la troisième lecture de la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir en France s’est achevée dans l'hémicycle, après plusieurs jours de débats entre les députés. Un vote solennel est prévu le 30 juin.
Ce texte devrait être rejeté par le Sénat début juillet, comme il l’a déjà fait lors des deux précédents examens. L'Assemblée nationale devrait donc se prononcer le 15 juillet prochain lors d'une lecture définitive. En effet, selon l'article 45 de la Constitution, "le Gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l'Assemblée nationale et par le Sénat, demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement".
C’est pour cela que l’association Hozana, un réseau social de prière en ligne, a lancé l’initiative "Prie pour un député". Il s’agit d’une chaîne nationale de prière qui invite chaque chrétien à sélectionner un député et à prier pour lui. "L’intention est de demander que l’Esprit Saint touche son cœur, éclaire sa conscience et lui donne la sagesse nécessaire pour discerner et protéger la dignité de chaque vie humaine", expliquent les organisateurs.
"Chaque voix compte dans l'hémicycle, chaque prière compte dans le Ciel."
La loi sur la fin de vie propose de créer un droit à l'aide à mourir à destination des personnes souffrant d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital. Elle permettrait ainsi à des malades de recevoir l'administration d'un produit létal, afin de mettre fin à leur vie.
Plus de 40 000 priants
Sur le site internet de cette initiative, les chrétiens qui le souhaitent peuvent choisir, volontairement ou au hasard, l’un des 577 députés concernés. Parmi eux, 288 sont favorables au projet de loi sur la fin de vie, 217 y sont opposés, 33 s’abstiennent et 39 n’ont pas pris part au vote. Actuellement, les organisateurs comptabilisent 42 867 chrétiens engagés dans la prière.
De son côté, la Conférence des évêques de France a organisé une neuvaine de prière qui a commencé le dimanche 21 juin et se termine ce lundi. "Que le Saint-Esprit éclaire les consciences et nous renouvelle dans l’espérance, afin que la dignité de toute vie humaine soit reconnue, protégée et respectée", ont déclaré les évêques.
Ce n’est pas la première fois qu’une mobilisation de prière est organisée pour s’opposer à un texte favorable au suicide assisté. En mars dernier, le Parlement écossais avait finalement rejeté une proposition de loi similaire, alors que son adoption semblait pourtant acquise. Au terme d’un débat de plus de deux heures, 69 parlementaires contre 57 avaient voté contre le texte. "C’est la prière qui a touché les cœurs au sujet de cette question cruciale", s’étaient alors réjouis les évêques du pays, qui avaient appelé les catholiques à se mobiliser.
"Tuer n’est pas un soin"
Des temps de prière mais aussi des manifestations se sont tenus ces derniers mois pour protester contre cette loi qui légaliserait le suicide assisté et l’euthanasie. La dernière en date s’est déroulée le 28 juin, place de Fontenoy à Paris. Organisée par le collectif "L’Appel du 28 juin", la manifestation a rassemblé près de 4 000 personnes, selon les organisateurs. Les participants ont exprimé leur colère et leur inquiétude face à ce projet de loi, tout en demandant au gouvernement de faire des soins palliatifs une priorité.
"L’euthanasie est un abandon", "Tuer n’est pas un soin", "Aider à vivre, pas à mourir" : autant de slogans qui étaient inscrits sur les pancartes des manifestants. Sur place, des intervenants ont pris la parole afin de rappeler les enjeux de cette loi et les potentielles dérives. Dans un précédent entretien, le Dr Christian Passot, membre du Collectif pour le respect de la médecine. nous avait également confié s’opposer à ce projet de loi jugé "dangereux", notamment en évoquant des critères d’éligibilité "très flous".
Après avoir participé à ce rassemblement, le pasteur itinérant Gilbert Léonian a adressé un message aux députés et sénateurs. "C’est la première fois en tant d’années que je me permets de vous écrire sur un sujet de société qui me tient à cœur et qui fait peser de lourds nuages noirs sur l’avenir de notre pays", a-t-il écrit avant d’ajouter :
"Avec beaucoup d’humilité, je vous demande de ne pas prendre le risque de voter ou de faire voter cette loi. Car vous le savez mieux que moi : le but du législateur est de protéger la vie et, même au sein des situations les plus douloureuses, de l’accompagner le mieux possible par des lois et des moyens qui permettront de préserver la dignité de la personne souffrante jusqu’aux derniers moments de son itinéraire terrestre grâce aux soins palliatifs."
En Europe, les Pays-Bas ont été le premier pays à légaliser l’euthanasie active, en 2001, en l’encadrant par six conditions. En avril 2023, cette possibilité a été étendue aux enfants de moins de douze ans atteints de maladies incurables et dont le décès à brève échéance est inévitable. La Belgique a suivi en 2002, avant d’élargir en 2014, l’accès à l’euthanasie aux mineurs se trouvant dans une situation médicale sans issue. Le Luxembourg, l’Espagne et le Portugal ont également légalisé l’euthanasie active.
Ce projet de loi est une promesse majeure du second quinquennat du président Emmanuel Macron.
Mélanie Boukorras