Le maire PS de Paris Emmanuel Grégoire a dévoilé le 26 août une plaque commémorative en hommage aux sans-papiers expulsés il y a trente ans de l'église Saint-Bernard, regrettant que la question ne soit "toujours pas réglée" dans le pays.
Le 23 août 1996 à l'aube, "la France s'est abaissée à entrer de force dans un lieu de culte pour en extraire ses occupants (...). Trente ans déjà et la blessure n'est pas refermée. Trente ans déjà et le sujet est plus que jamais d'actualité", a déclaré l'édile socialiste lors d'une cérémonie devant l'église Saint-Bernard de la Chapelle, dans le 18e arrondissement, où sera installée la plaque.
Cette église du quartier populaire de la Goutte-d'Or avait été occupée plusieurs semaines durant l'été 1996 par quelque 300 personnes sans-papiers, dont des familles et de jeunes enfants, ainsi que des grévistes de la faim, soutenus par le curé de la paroisse, le père Henri Coindé. Celui-ci avait refusé de signer l'ordre de réquisition permettant à la police d'intervenir.
L'opération d'expulsion, menée "à coups de hache pour défoncer la porte en bois de l'église", a rappelé Emmanuel Grégoire, avait été ordonnée par le ministre de l'Intérieur de l'époque Jean-Louis Debré, qui avait promis d'agir "avec humanité et coeur".
L'évacuation avait déclenché une forte mobilisation citoyenne et des manifestations dans la capitale, pour réclamer la régularisation des sans-papiers. "Les Saint-Bernard ont permis de structurer la lutte des sans-papiers", a souligné Eric Lejoindre, maire PS du 18e arrondissement.
"Nous étions venus ici pour nous réfugier. Nous n'étions pas là pour envahir la France mais participer au développement de ce pays. Pendant que nous étions ici, il y avait des personnes qui se levaient le matin pour aller travailler", a raconté Ababacar Diop, porte-parole des sans-papiers de l'église en 1996, visiblement ému en rendant hommage au père Coindé, décédé en 2018.
"La question de celles et ceux qu'on appelait les 'sans-papiers' dans notre pays n'est toujours pas réglée", a déploré Emmanuel Grégoire. À l'approche de l'élection présidentielle, l'ex-député socialiste a fustigé "l'extrême droite qui fait des promesses qu'elle sait qu'elle ne pourra pas tenir, parce que le pays a besoin de ces femmes et de ces hommes dont elle utilise la détresse pour nourrir le rejet et les fantasmes sur l'ensemble de la population issue de l'immigration".
"Vous m'entendrez beaucoup parler d'immigration dans les mois qui viennent", a affirmé le successeur d'Anne Hidalgo, rappelant son "engagement ferme" qu'il y ait "zéro enfant à la rue dès cet hiver". "Mais pour y arriver, nous aurons besoin de l'engagement de tous" dont celui de l'Etat, a-t-il insisté.
La Rédaction (avec AFP)