Le 14 juin, les autorités chinoises ont arrêté une trentaine de chrétiens dans l’église Early Rain Covenant. Cet acte traduit une escalade de la répression menée par le gouvernement chinois contre les églises protestantes et, plus largement, contre les chrétiens.
À Jiangyou, dans le sud-ouest de la Chine, des dizaines de chrétiens ont l’habitude de se rassembler dans l’église Early Rain Covenant pour le culte dominical. Il s’agit d’une église non reconnue par le gouvernement chinois car elle n'appartient pas au Mouvement patriotique des trois autonomies, ni à l’Association patriotique des catholiques. Elle est donc considérée comme illégale dans le pays.
Vers 11 heures, le 14 juin, entre 60 et 70 agents du gouvernement ont "pris d'assaut les lieux et ont pris le contrôle de force du rassemblement", rapportent les dirigeants de l’église dans un communiqué publié le lendemain de l’intervention. Il s’agissait de policiers, de membres du SWAT, d’agents de l’unité de protection de la sécurité intérieure, de responsables des affaires religieuses et de représentants du gouvernement local.
Les forces de l’ordre ont arrêté et transporté au centre d’enregistrement et de détention centralisé 33 chrétiens. Parmi eux figuraient deux anciens : Yan Hong et Wu Wuqing. Les autres membres de la congrégation ont été retenus dans l’église afin de signer une "lettre de garantie", sans en connaître le contenu au préalable.
"Des dizaines de membres âgés de l’église, de sœurs et de parents accompagnés de leurs enfants ont été retenus dans la salle à partir de midi. Les représentants du gouvernement ont exigé que les participants signent une déclaration écrite avant d’être autorisés à partir. Cependant, les représentants ont refusé de divulguer le contenu de la déclaration tant que les personnes concernées n’avaient pas accepté de la signer."
La majorité des chrétiens sont ainsi restés jusqu’à 18 heures dans l’église, refusant de signer cette déclaration. "Après avoir subi un deuxième enregistrement détaillé de leurs informations personnelles, les croyants restants ont été progressivement autorisés à partir", ajoute l'église. Il a fallu attendre 23 heures pour que tous les croyants emmenés par la police soient relâchés, à l’exception des deux anciens. Ils ont été condamnés à quinze et quatorze jours de détention administrative.
En conclusion de son communiqué, l’église a partagé plusieurs sujets de prière. Elle appelle tous les chrétiens à rendre grâce pour les pasteurs et les responsables d’église, à prier pour les anciens encore détenus, pour une "foi qui surmonte la peur" et pour le peuple chinois de manière générale.
"Que le Seigneur brise la dureté de ce pays, qu’il fasse miséricorde aux nombreuses âmes de cette génération qui demeurent dans l’ignorance et qu’il éveille la conscience de ceux qui persécutent."
"Ce raid est un nouveau rappel brutal que le Parti communiste chinois continue de considérer le culte chrétien pacifique comme une menace pour son contrôle de l’État", a déclaré le président de l’organisation ChinaAid. Cette intervention s’inscrit dans une escalade de plusieurs années visant les églises protestantes du pays.
La Chine est classée 17e dans l'Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026 de l'ONG Portes Ouvertes. Dans le pays, "les autorités voient les religions comme un contre-pouvoir à 'siniser' (rendre conforme aux doctrines du Parti communiste)", indique l'organisation.
"(Les chrétiens) sont la cible d’une surveillance constante par la police: interrogatoires, emprisonnements, passages à tabac… Pour affaiblir les églises non enregistrées, les autorités invoquent la fraude pour criminaliser la collecte d’offrandes. Les convertis d’arrière-plan musulman ou bouddhiste sont considérés comme des « traîtres » et sont rejetés par leur communauté."
Mélanie Boukorras