Après 150 ans d’existence, Téhéran a déclaré l’église Saint-Pierre propriété du régime.
Depuis 150 ans, l’église évangélique Saint-Pierre est une présence visible et dynamique dans la capitale iranienne, Téhéran. Mansour Khajehpour, ancien de cette église presbytérienne, explique qu’elle était connue de tous dans le quartier où il a vécu entre 1991 et 1993.
Étudiant à l’université à l’époque, il habitait dans l’une des résidences du complexe de l’église. Lorsqu’il traversait le quartier, les commerçants lui demandaient souvent de remettre leurs commandes à d’autres habitants. "En marchant dans les rues, tous les commerçants nous connaissaient", raconte-t-il.
L’église est située en face d’une synagogue et à quelques minutes à pied d’un temple du feu zoroastrien, d’une église orthodoxe, d’un grand musée et d’un club social arménien. Lorsque Mansour Khajehpour vivait à Téhéran, entre 1986 et 1996, entre 150 et 200 fidèles fréquentaient régulièrement l’église Saint-Pierre, parmi lesquels des convertis au christianisme issus de l’islam, du judaïsme et du zoroastrisme.
"Ce quartier est multiculturel et multiconfessionnel, et les habitants y vivent dans l’amitié et la proximité les uns avec les autres", explique-t-il.
"Et la République islamique d’Iran cherche à briser cela."
En juin, le gouvernement iranien a délivré un acte de propriété déclarant que le complexe de l’église — qui comprend l’édifice historique, plusieurs dizaines de logements et deux écoles — appartient désormais au régime, selon des chrétiens iraniens vivant à l’étranger et toujours liés à cette communauté. Il y a deux semaines, huit familles installées sur le site ont pris la fuite après avoir reçu des menaces des forces de sécurité, indique Sargez Benyamin, secrétaire exécutif du Synode de l’Église évangélique d’Iran en diaspora, l’instance représentative des Églises presbytériennes d’Iran. D’autres familles et personnes ont quitté les lieux dans les jours qui ont suivi.
Ancien pasteur de l’église Saint-Pierre entre 2008 et 2015, Sargez Benyamin précise qu’au total, 28 chrétiens assyriens et arméniens vivaient dans vingt logements ou chambres individuelles du complexe. Les forces de sécurité font désormais pression sur les trois dernières familles encore présentes afin qu’elles quittent les lieux au plus vite.
Certaines font partie de la communauté depuis de nombreuses années. D’autres l’ont rejointe après 2014, lorsque Téhéran a publié de nouvelles restrictions qui ont forcé les convertis musulmans de la congrégation à migrer vers des églises. Les responsables de Saint-Pierre ont alors cherché à accueillir davantage de chrétiens assyriens et arméniens — des communautés religieuses officiellement reconnues en Iran, qui bénéficient historiquement de davantage de libertés que les chrétiens issus de l’islam.
Ces dernières semaines, selon Sargez Benyamin, les autorités ont scellé les portes du bureau de l’église ainsi que celles du secrétariat du synode, également situé sur le site, et interdit toute réunion religieuse.
"À ce jour, il ne nous reste plus aucun bien", déplore-t-il. "Saint-Pierre était la dernière." En 2023, l’Iran comptait encore six églises presbytériennes en activité.
Les difficultés juridiques de Saint-Pierre remontent à plusieurs décennies. Le régime affirme que, puisque l’église a été fondée par des missionnaires américains, le complexe appartient à des intérêts étrangers et peut donc être confisqué. Mansour Khajehpour rappelle que les autorités avaient déjà saisi l’école de garçons de l’église en 1979.
Pourtant, lui comme Sargez Benyamin assurent que les Américains ne sont plus propriétaires du site. "Les titres de propriété ont été transférés à des chrétiens iraniens il y a de nombreuses années", affirme Mansour Khajehpour. "Le site appartient déjà à des Iraniens. C’est notre propriété."
Selon Sargez Benyamin, le Synode de l’Église évangélique d’Iran avait acquis environ la moitié du complexe auprès de la Mission presbytérienne américaine en Iran avant la révolution iranienne de 1979, et l’acte reste en possession de l’église. En 1994, la Mission a, par l’intermédiaire du bureau diplomatique iranien à Washington, publié une déclaration accordant les biens restants au synode.
Malgré cela, les autorités iraniennes cherchent aujourd’hui à appliquer une décision rendue en 1998 par la Cour révolutionnaire islamique, transférant la propriété de l’ensemble du complexe à l’État.
Ces dernières années, les arrestations de chrétiens se sont multipliées en Iran. Le régime contrôle strictement l’accès aux lieux de culte non musulmans. En 2014, il a interdit aux personnes parlant le farsi — le plus souvent des convertis issus de l’islam — d’assister aux cultes chrétiens.
À cette époque, Sargez Benyamin était encore pasteur de l’église Saint-Pierre. Par souci de sécurité, il a demandé aux membres de son Église issus de l’islam, qui constituaient la majorité de la communauté, de cesser temporairement de participer aux cultes et aux réunions. Il espérait alors que cette mesure serait provisoire et que le président Hassan Rohani, élu sur une ligne modérée, lèverait cette interdiction.
"Malheureusement, la situation n’a cessé de se détériorer et elle est désormais arrivée au point où le gouvernement ne tolère même plus la présence de chrétiens assyriens et arméniens dans ce lieu de culte historique", déclare Sargez Benyamin, qui a quitté l’Iran en 2015 après avoir subi des pressions des services de renseignement et des forces de sécurité.
Lorsque les responsables gouvernementaux ont clairement indiqué qu'ils ne reconnaissaient plus le synode historique comme une entité disposant de droits légaux en 2015, cinq dirigeants d'églises iraniennes qui avaient fui l'Iran, y compris Benyamin et Khajehpour, l'ont rétabli à l'étranger pour superviser les autres églises presbytériennes.
Selon Sargez Benyamin, c’est l’EIKO (Execution of Imam Khomeini’s Order), un vaste réseau d’entreprises contrôlées par le régime, qui revendique désormais la propriété de l’église Saint-Pierre.
Depuis 2018, cette organisation a saisi ou détruit une église presbytérienne assyrienne à Tabriz, un centre de retraite à Karaj, une église des Assemblées de Dieu à Gorgan et une église presbytérienne à Mashhad.
C’est dans cette dernière que Mansour Khajehpour a donné sa vie à Christ en 1981. Il se souvient que le deuxième étage de l’église comptait huit pièces et accueillait des personnes déplacées par la guerre Iran-Irak. Le mois dernier, les forces de sécurité ont démoli ce bâtiment. Selon Sargez Benyamin, il ne resterait aujourd’hui pas plus de cinq églises protestantes en Iran.
Pour lui, la volonté de Téhéran de fermer Saint-Pierre et d’autres églises s’explique notamment par "l’hostilité du gouvernement iranien actuel envers les Églises protestantes, en particulier face à l’intérêt croissant des Iraniens pour le message de l’Évangile".
Selon lui, les autorités utilisent également la récente guerre comme prétexte, affirmant qu’elles saisissent cette propriété afin de compenser les dommages causés au système islamique durant le conflit avec les États-Unis. La valeur du terrain — près de quatre hectares au cœur de Téhéran — pourrait également expliquer cette décision. Le complexe est voisin des bureaux administratifs des ministères iraniens de la Défense et de l’Éducation.
Pour de nombreux Iraniens, l’église Saint-Pierre représentait un véritable refuge. Mansour Khajehpour se souvient de deux personnes souffrant de dépression qui venaient passer la nuit sur les marches de l’église pour y trouver un peu de réconfort. C’est également dans cette église qu’il s’est marié et que sa fille a été baptisée. Son beau-père en a été le pasteur jusqu’en 1990, année où le gouvernement a fermé la Société biblique iranienne, dont il était le secrétaire général.
L’avenir de l’église Saint-Pierre paraît bien sombre, reconnaît Mansour Khajehpour. Pourtant, il reste convaincu que "les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre l’Église du Christ" (Matthieu 16.18). Il rappelle que les chrétiens d’Iran ont déjà traversé de nombreuses épreuves, notamment en 1994, lorsque le régime aurait exécuté deux responsables chrétiens de premier plan, sans que cela n'empêche l'Église de continuer à grandir. Lui-même et son épouse ont passé douze jours en prison en raison de leur foi avant de fuir Téhéran en 1996.
"C’est la réalité vivante de l’Église. L’Église ne mourra pas", conclut-il.
"Elle continuera de grandir, et nous faisons partie de cette Église."
Jill Nelson
Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.