Après des accusations de blasphème, une foule en colère s’est rendue devant la maison d’un chrétien au Pakistan. Un épisode de plus dans un pays où 25 % des accusations visent les chrétiens, qui ne représentent pourtant que 2 % de la population.
Des centaines de personnes de confession musulmane se sont rendues devant le domicile d’Azeem Javaid, un chrétien de 40 ans, après des accusations de blasphème, le 9 juillet, à Karachi, dans la province du Sind au Pakistan. Entre dix et quinze familles chrétiennes habitant dans la même rue se sont enfermées chez elles, par peur d’être prises à partie, rapporte Morning Star News.
Selon le défenseur des droits des chrétiens Asif Bastian, une personne aurait envoyé une page brûlée du Coran à un commerçant du quartier. Le document était accompagné des photos d’Azeem Javaid et de sa mère.
La police est arrivée rapidement sur les lieux et a été ciblée par les manifestants en colère, qui ont lancé des pierres sur les véhicules. "L'intervention rapide des autorités a empêché ce qui aurait pu devenir une tragédie majeure", a déclaré Asif Bastian, avant d’ajouter :
"Après que les responsables ont assuré aux chefs de la manifestation que la police mènerait une enquête approfondie et examinerait les images de vidéosurveillance du bureau de poste de Saddar, où l'enveloppe aurait été postée, la manifestation a été annulée."
La famille de d’Azeem Javaid a été évacuée par les forces de sécurité vers un endroit sûr. Ce document brûlé aurait été envoyé par des individus avec lesquels le chrétien aurait eu des différends financiers, estime une source proche de la famille. "Javaid a un emploi stable et n'a jamais été impliqué dans une controverse religieuse", a-t-elle poursuivi, avant de souligner l’incohérence de cette affaire :
"Cela défie toute logique qu'un chrétien profane le Coran et envoie ensuite ce document, accompagné de sa propre photographie, à un magasin situé juste en face de sa maison. Personne ne s'impliquerait délibérément dans une infraction aussi grave."
De son côté, le défenseur des droits des chrétiens Napolean Qayyum a salué la conférence de presse des dirigeants musulmans locaux, qui ont eux aussi évoqué une possible conspiration. "Nous soutenons pleinement leur demande d'arrestation immédiate des responsables de l'orchestration de cet acte malveillant", a-t-il conclu.
Le Pakistan est classé 8e dans l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 de l’ONG Portes Ouvertes. Dans le pays, "les lois sur le blasphème sont utilisées pour intimider et marginaliser les chrétiens", indique l’ONG. Ainsi, 25 % des accusations de blasphème, parfois suivies d’émeutes, visent les chrétiens. Pourtant, ils ne représentent que 2 % de la population.
Les affaires de blasphème visant les chrétiens sont monnaie courante dans ce pays d’Asie. Début juillet, plus de deux douzaines de familles chrétiennes ont dû quitter leur maison au Pendjab après des accusations visant un pasteur.
Mélanie Boukorras