Chine : un rapport indique une intensification de la pression sur les catholiques

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Le 15 avril, l’ONG internationale Human Rights Watch a publié un rapport faisant état d’une pression accrue du gouvernement chinois à l’encontre des catholiques du pays ces dernières années.

En Chine, 12 millions de personnes se revendiquent catholiques, sur 1,4 milliard d'habitants. Depuis des décennies, la liberté religieuse de ces croyants est limitée, car les autorités les contraignent à pratiquer leur culte uniquement dans le cadre des églises officielles, sous l’égide de l’Association patriotique catholique chinoise, un organisme gouvernemental.

Les églises dites "clandestines", qui veulent leur indépendance et qui refusent de prêter allégeance au Parti communiste chinois, sont les plus réprimées. Une violence qui s’est accentuée depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping en novembre 2012.

Dans un rapport publié le 15 avril dernier, l’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce "une répression croissante" à l’encontre de ces croyants, exercée par le gouvernement.

"Les violations des droits de l'homme commises par les autorités contreviennent à la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies et violent notamment les droits à la liberté de religion et de conviction, d'expression, d'association et de circulation."

Des catholiques qui se sentent "trahis" par le Vatican

En 2018, un accord a été passé entre le gouvernement du pays et le Saint-Siège, qui permet au pape d’apposer son veto lors de la nomination des évêques. Il reste valable jusqu’en 2028. Pourtant, malgré la violation de cet accord bilatéral, avec l’installation d’un évêque dans un diocèse non reconnu par le Saint-Siège en 2022, aucun pape n’a exercé son droit de veto. 

Depuis la signature de cet accord, les autorités du pays ont également fait pression sur les communautés catholiques clandestines afin qu’elles rejoignent l’Association patriotique, "en détenant arbitrairement, en faisant disparaître de force, en torturant et en assignant à résidence des évêques et des prêtres catholiques clandestins", indique HRW.

En plus de cette persécution gouvernementale, les chrétiens ont le sentiment d'être abandonnés par le Saint Siège. "Beaucoup d'évêques clandestins sont âgés, et le Vatican et Pékin ne nomment pas de nouveaux évêques clandestins", a déclaré un prêtre vivant à l’étranger.

Ainsi, certains catholiques affirment se sentir "trahis" par cette institution. "Si les membres de ces communautés sont habitués à la persécution du gouvernement, ils ont le sentiment, depuis 2018, que le Vatican s’en prend également à eux", a déclaré un expert ayant interrogé des dizaines de catholiques en Chine.

"Le pape Léon XIV devrait réexaminer d’urgence cet accord et faire pression sur Pékin pour qu’il mette fin à la persécution et à l’intimidation des Églises clandestines, du clergé et des fidèles", a affirmé de son côté Yalkun Uluyol, chercheur spécialiste de la Chine.

Un contrôle accru du gouvernement 

Dans ce rapport, plusieurs formes de répression sont énoncées pour illustrer la diversité des moyens employés par le gouvernement chinois afin de limiter l’influence du christianisme. Ainsi, plusieurs lois promulguées ces dernières années par les autorités renforcent "son contrôle sur la religion".

Des centaines d’églises ont été démolies et des croix enlevées dans le cadre de la "sinisation" du catholicisme. Il s'agit d'un processus qui vise à "soumettre les religions perçues comme étrangères au contrôle absolu du parti", précise le spécialiste de l'Asie Claude Meyer, dans un article publié par l'Institut français des relations internationales.

Les fidèles ont également été interdits de se rendre dans des églises non officielles, tandis que l’accès à la Bible a été restreint et que des ouvrages religieux non autorisés ont été confisqués. D’autres formes de répression impliquent le renforcement du contrôle idéologique, la surveillance accrue, des restrictions des activités religieuses et des voyages des membres du clergé ainsi que de leurs liens avec l’étranger.

"La répression des catholiques par le gouvernement chinois contrevient aux normes et au droit international des droits de l'homme", conclut l’ONG.

"Elle viole notamment l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, largement reconnu comme faisant partie intégrante du droit coutumier des droits de l'homme, et l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), que la Chine a signé mais non ratifié."

Un résumé de ce rapport a été envoyé au gouvernement chinois et au Saint-Siège, mais à ce jour, l’ONG n’a reçu aucune réponse.

Mélanie Boukorras

Crédit image : Shutterstock / Mirko Kuzmanovic

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