Plus de 40 personnes ont été tuées par des hommes armés qui ont attaqué le 24 octobre plusieurs villages et visé des chrétiens orthodoxes dans la vaste région éthiopienne de l'Oromia, ont déclaré deux jours plus tard à l'AFP trois résidents et une ONG.
Cette région de 40 millions d'habitants, qui entoure la capitale Addis Abeba et s'étend du centre au sud et de l'est à l'ouest sur environ un tiers du territoire éthiopien, est habitée par des musulmans, protestants et orthodoxes.
Dans le district de Shirka, à environ 270 kilomètres au sud de Addis Abeba, des hommes armés ont attaqué une église orthodoxe, ainsi que les "maisons environnantes", a déclaré Kebede (son prénom a été modifié, comme pour les autres témoins interrogés par l'AFP), un résident qui ajoute que son père a été tué dans l'attaque. Au total, 51 personnes sont mortes, selon lui.
L'ONG Acled, spécialisée dans la collecte et l'analyse de données sur les conflits armés dans le monde, a évoqué auprès de l'AFP au moins 43 morts et 18 blessés dans l'attaque. Celle-ci "serait motivée par des considérations religieuses et aurait visé des chrétiens orthodoxes", a précisé l'ONG, évoquant notamment le "pillage d'une église orthodoxe".
Selon Amanuel et Teklu, respectivement un résident et un diacre, également interrogés par l'AFP, plus de 40 personnes ont été tuées et enterrées dans des fosses communes. L'AFP n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces informations. "Les tensions religieuses restent très vives dans la région et pourraient dégénérer en une crise plus vaste si rien n'est fait", a affirmé Amanuel.
Des personnes chassées par les violences se sont "réfugiées dans les églises de la région", a déclaré Teklu, appelant le "gouvernement à intervenir pour rétablir la sécurité".
Interrogée par l'AFP, la Commission éthiopienne des droits humains (EHRC), institution publique administrativement indépendante, a déclaré "suivre la situation" et "examiner les détails", sans plus de précisions.
"Fréquence des violences"
En Oromia, l'Armée de libération oromo (OLA), une organisation classée "organisation terroriste" par Addis Abeba, combat depuis plusieurs années les forces fédérales. Selon Acled, "la fréquence des violences dans ces zones s'est accrue" ces dernières années dans la région où a eu lieu l'attaque de samedi.
Au moins 11 civils ont été tués par des hommes armés entre fin mai et début juin dans la zone d'Arsi, où se trouve le district de Shirka. Les autorités fédérales - dirigées par le Premier ministre Abiy Ahmed, lui-même originaire de l'Oromia - avaient accusé l'OLA. En novembre 2023, au moins 30 civils avaient été tués par des assaillants non identifiés.
Évalués à quelques milliers d'hommes en 2018, les effectifs de l'OLA ont largement augmenté ces dernières années. Mais les observateurs estiment la rébellion insuffisamment organisée et armée pour représenter une réelle menace pour le pouvoir fédéral éthiopien, bien que la capitale fédérale soit enserrée par l'Oromia.
Des conflits armés de plus ou moins grande intensité, aux dynamiques et revendications diverses, se déroulent également dans d'autres Etats régionaux de cet immense pays d'Afrique de l'Est, le deuxième le plus peuplé du continent avec quelque 130 millions d'habitants. Fin septembre, plusieurs groupes armés, dont l'OLA et des rebelles de la région du Tigré, ont formé une alliance pour "renverser" le gouvernement fédéral.
Après des premières avancées, notamment en région Afar, les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont été repoussées par les nombreuses frappes de drones des autorités fédérales.
Le Tigré est sorti exsangue d'une sanglante guerre qui a opposé entre 2020 et 2022 l'armée fédérale aux rebelles du TPLF. Au moins 600.000 personnes ont été tuées dans ce conflit, soit l'un des plus meurtriers de ces dernières décennies dans le monde.
La Rédaction (avec AFP)