Les chrétiens israéliens attendent les résultats d’une élection historique

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Il faudra probablement des semaines avant que les Israéliens ne sachent si Netanyahu et son parti resteront au pouvoir.

Les Israéliens ont voté le 27 octobre lors de leurs premières élections nationales depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, avec un taux de participation atteignant près de 78 %, le plus élevé depuis plus de 25 ans. Pourtant, aucun parti ne s’est clairement imposé, laissant le pays dans une impasse politique qui pourrait prendre plusieurs semaines à se résoudre.

"Les résultats jusqu’à présent sont vraiment étranges : tout le monde a à la fois gagné et perdu", a déclaré Calev Myers, avocat chrétien israélien et président du Congrès sioniste judéo-chrétien.

"Il n’y a pas de résultat clair et il semble que nous nous dirigions vers de nouvelles élections."

Avec 85 % des voix dépouillées, le Likoud du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les membres de sa coalition devraient obtenir 53 sièges à la Knesset, le Parlement israélien, tandis que le bloc dirigé par le parti Yashar de Gadi Eisenkot, ancien chef militaire centriste, en obtiendrait 48. De leur côté, les partis arabes devraient remporter 19 sièges. Aucun groupe ne dispose des 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité.

Les attaques du 7 octobre et la guerre qui a suivi ont fortement pesé sur le vote des électeurs. Près des deux tiers des Israéliens juifs ont déclaré que ces attaques avaient été un facteur déterminant dans le choix de leur parti, selon une enquête de l’Institut israélien de la démocratie.

Durant sa campagne, Benjamin Netanyahu s’est présenté comme un rempart contre un Iran doté de l’arme nucléaire. Il a notamment publié sur les réseaux sociaux une image générée par intelligence artificielle montrant une bombe nucléaire explosant au-dessus de Tel-Aviv, avertissant les Israéliens du risque d’un "second Holocauste" s’il n’était pas élu. Ses partisans lui reconnaissent le mérite d’avoir résisté aux pressions internationales et d’avoir mené des campagnes militaires qui ont affaibli le Hamas, le Hezbollah et le régime de Téhéran.

De leur côté, les opposants à Netanyahu ont accusé le Premier ministre d’utiliser la peur pour gagner des voix. D’autres ont remis en question sa décision de se représenter après les défaillances sécuritaires entourant les attaques du 7 octobre et ont considéré cette élection comme un référendum sur son leadership.

Myers reconnaît que l’attaque du Hamas a profondément influencé sa vision politique. "Elle a constitué le plus grand échec sécuritaire de l’histoire de l’État d’Israël, et peut-être même de l’histoire du mouvement sioniste moderne" a déclaré Myers.

"Un Premier ministre qui domine la vie politique israélienne depuis près de deux décennies ne peut pas s’attribuer le mérite des réussites du pays tout en se dégageant de toute responsabilité dans son plus grand échec."

Myers a constaté, parmi les chrétiens israéliens de son entourage, un soutien considérable aux dirigeants de l’opposition de centre droit, comme Eisenkot. D’autres restent fidèles à Netanyahu, a-t-il précisé, mais il estime qu’ils sont minoritaires.

Le président israélien, Isaac Herzog, n’est pas tenu de confier la formation d’un gouvernement au dirigeant du parti ayant remporté le plus grand nombre de sièges. Même si le Likoud devrait obtenir davantage de sièges, Herzog doit déterminer quel député a les meilleures chances de réunir une majorité de 61 sièges et pourrait donc confier cette mission à Eisenkot.

Âgé de 66 ans, Eisenkot est un ancien chef militaire connu pour son approche directe et sa tenue vestimentaire simple. Son fils, le plus jeune de ses cinq enfants, est mort dans l’explosion d’un tunnel à Gaza, deux mois après les attaques du 7 octobre. Deux de ses neveux ont également été tués sur le champ de bataille.

Contrairement à Netanyahu, qui a grandi dans des milieux privilégiés, les parents d’Eisenkot étaient des immigrés marocains issus de la classe ouvrière. S’il devient Premier ministre, Eisenkot serait le premier dirigeant israélien d’origine nord-africaine ou moyen-orientale.

Le résultat pourrait ne pas être connu avant six semaines, voire davantage. Après la publication des résultats électoraux, Herzog dispose de sept jours pour décider quel membre de la Knesset sera chargé de former la coalition gouvernementale. Le député choisi dispose ensuite de 28 jours pour accomplir cette mission, avec une possible prolongation de 14 jours.

Certains partenaires potentiels de coalition suscitent la controverse en Israël. Les sondages montrent que la plupart des Israéliens juifs sont de plus en plus désillusionnés par les partis ultraorthodoxes qui se sont alliés au Likoud. Ces partis se sont battus pour maintenir les exemptions de service militaire obligatoire accordées aux hommes ultraorthodoxes, malgré une décision de la Cour suprême de 2024 mettant fin à ces exemptions.

Myers a expliqué que la plupart des croyants israéliens avec lesquels il échange sont conservateurs sur les questions de sécurité et de politique économique. Dans le même temps, ils sont "profondément préoccupés par l’influence politique disproportionnée des partis ultraorthodoxes qui s’opposent au service militaire, ainsi que par certains éléments de l’extrême droite dont la rhétorique antichrétienne, le racisme et les provocations diplomatiques portent atteinte aux intérêts d’Israël et à sa position morale".

Certains analystes estiment que les violences incontrôlées commises par des colons en Cisjordanie ont nui à l’image d’Israël sur la scène internationale. Des critiques ont accusé Netanyahu et ses partenaires de coalition d’extrême droite de ne pas avoir réussi à freiner ces violences. Certains membres de sa coalition ont également adopté des positions hostiles envers les chrétiens et d’autres minorités religieuses.

Avant de rejoindre le gouvernement de coalition de Netanyahu, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, avait défendu la pratique consistant à cracher à proximité des chrétiens et des églises, à laquelle se livrent certains juifs ultraorthodoxes. En 2023, des députés d’un parti ultraorthodoxe avaient proposé des sanctions pénales contre les "groupes missionnaires, principalement chrétiens", engagés dans des activités de prosélytisme. Netanyahu s’était opposé à ces sanctions et avait condamné les incidents impliquant des crachats à proximité de chrétiens.

David Zadok, pasteur de l’Église Grace and Truth à Kanot, en Israël, a fait part de ses inquiétudes concernant l’avenir de la liberté religieuse dans le pays. "En tant que pasteur, j’espère que nous continuerons à bénéficier de la liberté de prêcher et de partager ouvertement l’Évangile", a-t-il déclaré.

"J’espère également que nous pourrons renforcer l’Église et établir de nouvelles communautés sans avoir à saisir la Cour suprême ou à recourir à d’autres procédures judiciaires simplement pour exercer nos droits fondamentaux."

La communauté de Zadok avait été confrontée à une bataille judiciaire en 2016, lorsque le groupe orthodoxe Yad L’Achim avait contesté son projet de construction d’une église. L’affaire avait été portée devant la Cour suprême israélienne, qui avait statué en faveur du droit de la communauté à construire son édifice.

Les chrétiens qu’il connaît s’inquiètent du fait qu’après trois années de combats à Gaza, aucune fin ne semble en vue et que le Hamas se reconstitue. Les mêmes préoccupations concernent le Hezbollah, l’Iran et la Syrie. "Nous devons reconnaître que nous ne pouvons pas nous permettre de sous-estimer nos ennemis", a déclaré Zadok.

"Nous devons rechercher la paix, mais nous devons aussi rester réalistes face aux menaces auxquelles nous sommes confrontés et être prêts à nous défendre."

Depuis les attaques du Hamas, certains Israéliens se montrent également de plus en plus préoccupés par l’intégration de partis arabes au gouvernement. Les Arabes israéliens, qui représentent un cinquième de la population, ont voté en nombre record et ont fait passer leur représentation à la Knesset de 10 à environ 19 sièges. La communauté chrétienne arabe en Israël n’est pas politiquement homogène, a expliqué Saleem Shalash, pasteur arabe israélien de l’Église Home of Jesus the King à Nazareth.

"Certains chrétiens soutiennent les partis politiques arabes parce qu’ils estiment que ces partis représentent leur identité et leurs préoccupations en matière d’égalité", a déclaré Shalash.

"D’autres préfèrent les partis juifs ou les partis israéliens plus larges parce qu’ils accordent la priorité à la sécurité nationale, aux opportunités économiques, à l’intégration ou à d’autres questions."

Il a ajouté que certains chrétiens arabes sont également déçus par la politique dans son ensemble.

L’un des slogans de campagne de Netanyahu avertissait qu’un gouvernement dirigé par Eisenkot s’allierait aux partis arabes et créerait un État palestinien. Cependant, la plupart des partis d’opposition, y compris Yashar, le parti d’Eisenkot, ont déclaré qu’ils n’intégreraient pas les partis arabes à leur coalition. De son côté, Eisenkot n’a pas exclu un soutien parlementaire extérieur de la part de groupes arabes, ce qui pourrait aider son bloc à réunir suffisamment de sièges pour former un gouvernement.

Il pourrait néanmoins se heurter à la résistance de ses partenaires d’opposition. Si le député chargé de former un gouvernement échoue, le président peut donner sa chance à un autre dirigeant. Si ce dernier échoue également, Netanyahu pourrait rester Premier ministre par intérim jusqu’à l’organisation de nouvelles élections.

Quel que soit celui qui l’emportera finalement dans les semaines et les mois à venir, Shalash estime que les solutions politiques ne peuvent, à elles seules, guérir les profondes blessures de la région.

"Nous avons besoin de sécurité et de justice, mais nous avons aussi besoin de réconciliation, de pardon et d’une transformation du cœur humain", a-t-il déclaré.

"C’est pourquoi je crois que le message de Jésus est plus pertinent que jamais."

Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.

Jill Nelson

Crédit image : Shutterstock / baona jnr


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