Au lendemain de la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva à la présidence du Brésil, plusieurs responsables chrétiens ont réagi aux résultats du scrutin. Entre déception, appels à la prière et au respect de la démocratie, des pasteurs évangéliques et des évêques catholiques ont pris la parole.
Le 25 octobre, Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président du Brésil pour un quatrième mandat. Il s'est imposé avec plus de 4,4 millions de voix d'avance sur son rival, le conservateur Flávio Nantes Bolsonaro, pourtant arrivé largement en tête au premier tour. Âgé de 81 ans, Lula est le premier président du pays à avoir été élu quatre fois. Le taux d'abstention au deuxième tour n'a par ailleurs jamais été aussi bas.
Au lendemain de cette victoire, le pasteur évangélique Silas Malafaia, de l'Assemblée de Dieu Victoire en Christ, a publié une vidéo sur Facebook. Figure influente du protestantisme brésilien et soutien historique de l'ancien président Jair Bolsonaro, il s'était engagé en faveur de la candidature de son fils, Flávio Bolsonaro, à cette élection présidentielle.
"Je suis profondément désolé", a-t-il déclaré face caméra, ajoutant que les quatre prochaines années ne seraient pas faciles.
"Que Dieu ait pitié du Brésil et nous libère du chaos économique et social."
De nombreux pasteurs évangéliques qui avaient également soutenu la candidature de Flávio Bolsonaro ont exprimé leur tristesse, tout en reconnaissant le vote du peuple brésilien. C'est le cas du pasteur Estevam Hernandes, de l'Église Renascer em Cristo, soutien de Flávio Bolsonaro, qui a déclaré que "la volonté de Dieu est souveraine" et qu'il "n'y a aucun moyen de la remettre en question".
"Ce n'était vraiment pas ce que nous attendions. C'était surprenant. Mais nous, en tant que peuple de Dieu, continuons à prier, à bénir cette nation. Et le souhait de mon cœur est que Dieu bénisse le nouveau président, qu'il bénisse les Brésiliens qui ont voté pour lui. [...] Il y a des choses qui font mal, mais elles font partie d'un processus de Dieu. Il y a des choses qui sont difficiles, mais nous devons vraiment chercher en Dieu."
Avant le second tour, la Fédération des conseils des pasteurs du Brésil et le Forum national évangélique d'action sociale et politique avaient publié une lettre de soutien à la candidature de Flávio Bolsonaro. Ces organisations représentent plus de 50 000 pasteurs répartis dans tous les États et le District fédéral.
"La responsabilité de l'Église"
De son côté, la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a publié une déclaration intitulée "Message aux élus et élues des élections de 2026". Elle s'adresse ainsi au président, ainsi qu'aux gouverneurs, sénateurs et autres représentants politiques élus.
Après les avoir "félicités" et avoir rappelé "l’importance de la participation populaire et des institutions démocratiques dans la vie de la nation", la Conférence a souligné la "responsabilité" qu'ont désormais les élus envers la nation.
"L’élection ne constitue toutefois pas seulement une victoire politique. Elle représente avant tout l’acceptation d’une responsabilité envers l’ensemble du peuple brésilien, y compris envers ceux qui ont fait des choix différents dans les urnes."
Les différents défis auxquels le pays est confronté ont été cités un à un afin de rappeler les responsabilités qui attendent le président. Pour les surmonter, il leur faudra mettre en place "des politiques publiques solides, un dialogue entre les pouvoirs et un engagement en faveur de la bonne utilisation des ressources destinées à la population".
"Le Brésil reste confronté à des défis qui exigent une responsabilité partagée : surmonter la pauvreté et la faim, réduire les inégalités, promouvoir le travail digne, garantir l’accès à la santé, à l’éducation et au logement, protéger les familles, assurer la sécurité publique, prendre soin de notre Maison commune et défendre sans condition la vie et la dignité humaines, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle."
"Notre contribution découle de notre engagement envers l’Évangile de Jésus-Christ, en particulier envers les pauvres, les plus petits et ceux qui souffrent", conclut la Conférence, qui rappelle que son engagement pour le pays n'est pas partisan, mais "exprime la responsabilité de l’Église de contribuer à une société dans laquelle personne ne serait privé des conditions nécessaires à une vie digne".
Après avoir dénoncé des irrégularités dans le processus électoral et annoncé, à la publication des résultats, son intention de réclamer l’annulation du scrutin, Flávio Bolsonaro a finalement reconnu la réélection de Lula à la présidence du Brésil. Il a toutefois indiqué vouloir demander l’invalidation de la candidature de son adversaire pour "abus de pouvoir".
Mélanie Boukorras