Les Nations Unies s'inquiètent d’un futur massacre à El Obeid au Soudan

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Après le massacre en octobre dernier de milliers de civils à El Fasher au Soudan, les Nations Unies s’inquiètent de voir les mêmes schémas se répéter à El Obeid. Sur place, des religieux restent pour soutenir la communauté chrétienne menacée. 

La plus grave crise humanitaire au monde. La guerre civile qui oppose les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide depuis avril 2023 a déjà fait au moins 59 000 morts et plus de 14 millions de déplacés, selon les Nations Unies.

Dans un récent rapport, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan est revenu sur la sanglante offensive des Forces de soutien rapide contre la ville d’El Fasher, dans la région du Darfour. Le rapport fait notamment état des nombreuses exactions commises en octobre dernier : violences sexuelles, disparitions forcées, détentions arbitraires et massacres.

Sur place, de nombreux chrétiens avaient été ciblés en raison de leur foi et leurs quartiers rasés par des miliciens. Selon l’organisation de défense des chrétiens persécutés International Christian Concern, des communautés chrétiennes avaient été "traquées et exécutées".

Dans leur rapport, les enquêteurs alertent également sur des signes avant-coureurs qui font craindre une nouvelle offensive tout aussi violente dans la ville d’El Obeid, située à 600 km à l'est d'El Fasher. Capitale de l’État du Kordofan du Nord, la ville est soumise au même schéma : "encerclement de la ville, attaques contre les infrastructures essentielles et entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire".

La dernière ligne de front

Depuis dix-huit mois, El Obeid est soumise à des conditions "s’apparentant à un siège", selon les Nations Unies. L’évêque Yunan Tombe Trille Kuku Andali, a décidé de rester dans la ville avec plusieurs prêtres afin de soutenir la communauté chrétienne locale. "Ce choix est un témoignage courageux et généreux de fidélité au petit troupeau qui reste", a déclaré le père Diego Dalle Carbonare.

"Nous les gardons dans nos prières et remercions Dieu d’être leur soutien."

La région est la dernière ligne de front de la guerre entre les deux factions militaires. La ville d’El Obeid est encerclée de jour en jour et la menace d’un assaut des Forces de soutien rapide s’intensifie. "El Obeid ne doit pas être autorisée à devenir le théâtre de nouvelles violations graves et de catastrophes humanitaires évitables", a averti le Sudan INGO Forum, qui comprend plusieurs organisations chrétiennes dont Christian Aid.

Un pays "hostile" envers les chrétiens 

La chute du régime d’al-Bashir en 2019, qui avait persécuté les chrétiens pendant trente ans, n’a pas ouvert la voie à une paix durable au Soudan. Malgré les espoirs de réformes annoncées par le Conseil civil de transition, un coup d’État en octobre 2021 a interrompu le processus. Un an plus tard, la police des mœurs a été rétablie et le pays est resté "hostile" envers les chrétiens. Depuis le début de la guerre, les chrétiens sont ciblés et "vivent une sévère persécution", rapporte l’ONG Portes Ouvertes. Elle indique que près de 150 églises "ont été endommagées".

Les Nations Unies exhortent le Conseil de sécurité à agir rapidement. "Alors que de vives inquiétudes se font jour quant aux risques encourus par les civils à El Obeid, les conclusions tirées de la situation à El Fasher soulignent la nécessité de mesures de protection urgentes avant que d’autres vies ne soient perdues", a expliqué Joy Ngozi Ezeilo, membre de la Mission.

"El Obeid ne doit pas devenir la prochaine scène de crime."

De son côté, le père Carbonare estime que la guerre au Soudan dans sa généralité "est largement oubliée" par les médias mondiaux qui "sont concentrés ailleurs. 

Mélanie Boukorras

Crédit image : Shutterstock / Abd_Almohimen_Sayed (Marché du quartier Al-Arab à Omdurman au Soudan, le 2 juin 2023)

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