"Une rupture éthique" : réactions des institutions chrétiennes après le vote sur la fin de vie

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Le 15 juillet, le Parlement a adopté définitivement le projet de loi sur la fin de vie, créant un droit à l'aide à mourir en France. Le Conseil National des Évangéliques de France ainsi que l’Église catholique de France ont évoqué une grave "rupture" tout en s'inquiètant de l'avenir de cette loi, notamment pour les populations vulnérables.

Après de nombreux et houleux débats, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi sur la fin de vie, créant ainsi un droit à l'aide à mourir en France. Malgré les différents rejets du texte au Sénat, l’Assemblée nationale, qui a eu le dernier mot, a approuvé le texte par 291 voix contre 241, le 15 juillet.

Le président français, Emmanuel Macron, a remercié les parlementaires pour leur "débat constructif et respectueux". Ce projet de loi prévoit la création d'un droit à l'aide à mourir, permettant à certains malades atteints de pathologies graves d'obtenir, sous conditions, l'administration d'un produit létal. Pour pouvoir y avoir accès, la personne devrait être âgée d'au moins 18 ans, être atteinte d'une affection incurable engageant le pronostic vital, présenter des souffrances physiques et être en mesure d'exprimer une volonté libre et éclairée.

"Tournant éthique et anthropologique majeur"

Le Conseil national des Évangéliques de France (CNEF), qui s’est mobilisé depuis plus de trois ans contre ce projet de loi, a publié un communiqué quelques heures après le vote. Il a notamment exprimé "sa profonde tristesse" et "sa vive inquiétude" pour ce qu’il considère être un "tournant éthique et anthropologique majeur" pour la France.

À travers des auditions, des lettres ouvertes aux parlementaires et sa participation aux débats, le CNEF affirme s’être "mobilisé sans relâche" pour affirmer sa position, ancrée dans les principes de l’Évangile :

"Toute vie humaine possède une valeur intrinsèque et absolue, de son commencement à sa fin naturelle. La dignité d'une personne malade ou âgée ne dépend pas de son degré d'autonomie physique, mais du regard d'amour, de respect et de protection que la société lui porte jusqu'à son dernier souffle."

Une position partagée par l’Église catholique de France qui affirme dans un communiqué également publié après le vote du Parlement que "la grandeur d’une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou de leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu’au bout."

"Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie."

"Provoquer la mort"

L’adoption par le Parlement de ce projet de loi est considérée par le CNEF comme une "rupture éthique". Cet organisme qui représente 36 dénominations évangéliques sur les 58 identifiées en France invite ainsi les Églises protestantes évangéliques de France à se tenir aux côtés des plus vulnérables.

"Aujourd'hui plus que jamais, nos communautés locales sont appelées à être des témoins d'espérance, de présence et de solidarité concrète auprès des plus fragiles", a conclu le CNEF.

L’Église catholique de France évoque également une "rupture grave" entre la vocation première de soulager la souffrance et, à l’inverse, celle de "provoquer la mort". Les évêques de France, qui ont eux aussi participé aux débats depuis plusieurs années, appellent à "un engagement renouvelé" afin de montrer qu'une autre voie est possible : "celle d’une présence fidèle et d’un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque". 

Un discours partagé par Mgr d'Ornellas, responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des évêques de France, qui invite les chrétiens "à un nouveau discernement pour que soient toujours mieux accompagnés nos frères et sœurs fragilisés par l’approche de la mort".

"Reconnaissons et saluons ces hommes et ces femmes qui, parfois depuis de longues années, rendent visible une belle manière d'habiter le monde : leurs relations avec les malades vulnérables, leurs accompagnements tissés au long des jours, leurs recherches pour mieux lutter contre la douleur, leurs engagements toujours en équipe, sont comme une école d’humanité où les verbes partager, servir, aimer, espérer ont un vrai sens."

"Une procédure parmi les plus permissives au monde"

Parmi les points controversés de ce projet de loi, le Dr Christian Passot, membre du Collectif pour le respect de la médecine, évoquait un possible élargisement des critères d'accès à l'aide à mourir, lors d'un entretien le 25 juin dernier. Prenant l’exemple de la Belgique, du Luxembourg ou encore du Canada, il nous avais confié que "l'euthanasie s'est progressivement étendue" dans ces pays et concerne désormais également "les mineurs, les personnes handicapées ou atteintes de troubles psychiatriques."

 "Une telle loi peut donc être progressivement élargie en abaissant l'âge requis ou en multipliant les pathologies concernées."

Les rapporteurs de la commission sénatoriale, Christine Bonfanti-Dossat et Alain Milon, avaient également dénoncé "une procédure parmi les plus permissives au monde", qui est "insuffisamment rigoureuse pour garantir une évaluation robuste des critères d'éligibilité".

Après l'adoption du projet de loi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a saisit le Conseil constitutionnel sur trois aspects : le délai de rétractation des malades, la situation des personnes majeures protégés et l'obligation de tous les établissements de santé ou médico-sociaux de pratiquer l'aide à mourir. Il dispose d'un délai d'un mois pour rendre sa décision, la saisine portant sur le contrôle de la conformité de la loi à la Constitution avant sa promulgation. En cas de demande d'examen en urgence formulée par Sébastien Lecornu, ce délai serait ramené à huit jours, selon l'article 61. 

Il faudra attendre la décision des Sages pour que la loi soit soit validée ou censurée partiellement ou totalement.

Mélanie Boukorras 

Crédit image : Shutterstock / HJBC

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