Après avoir dénoncé à l'Élysée "l'offre d'une mort programmée", Léon XIV a choisi Lourdes et ses milliers de pèlerins malades ou en situation de handicap pour amplifier son opposition à l'euthanasie et à la loi instaurant un droit à l'aide à mourir récemment adoptée en France.
"Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort", a affirmé dimanche le pape américain devant des bénévoles et personnes malades ou en situation de handicap au cœur du sanctuaire marial, haut lieu de pèlerinage catholique. "Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral."
"Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité", a-t-il également déclaré à l'Accueil Notre-Dame, une structure offrant hébergement et assistance aux personnes malades ou âgées. "C'est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée", a-t-il ajouté, dans une claire allusion à la loi créant le droit à l'"aide à mourir" adoptée le 15 juillet en France.
La loi crée ce droit, sous plusieurs conditions, pour certains patients incurables, leur permettant de s'administrer un produit létal en présence d'un soignant. Si, et seulement si, le patient ne peut accomplir physiquement le geste, le soignant peut s'en charger.
"Pas un poids"
Léon XIV a plaidé pour développer "sans relâche" les soins palliatifs et la recherche médicale et "accompagner avec tendresse les malades".
"Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le coeur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l'Eglise", a-t-il lancé aux malades, dans un discours accueilli par des applaudissements nourris.
Quelques heures plus tôt, lors d'une messe en plein air devant 150.000 personnes, le souverain pontife avait fustigé les "courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse", et érigé la Grotte au coeur du site catholique comme "un sanctuaire de l’espérance chrétienne".
Une prise de position propre à satisfaire ceux des fidèles venus l'écouter à Lourdes qui, tel Paul, 31 ans, espérait un "message clair" du pape sur le sujet. Cette loi "va complètement à contre-courant de ce que dit l'Église", a affirmé à l'AFP Domitille Bardoul, 26 ans, fidèle venue de Paris.
"Avoir un chef de l’Église capable, à l'Élysée, de redire la beauté de la vie et l'importance de la préserver, c'est vraiment quelque chose qui m’a touchée. Ça nous aide aussi à pouvoir assumer ces positions, qui sont pas forcément toujours facile à assumer aujourd’hui" a-t-elle ajouté.
Réforme portée par Macron
Dans le premier discours de sa visite en France, vendredi à l'Elysée, Léon XIV avait déploré "l'offre d'une mort programmée", devant un parterre d'officiels dont Emmanuel Macron, le Premier ministre Sébastien Lecornu et de nombreux responsables politiques. Une expression qu'il a répétée dimanche, estimant que "jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée".
Les propos du pape ont aussitôt fait réagir des associations favorables au droit à mourir. "Il est le bienvenu, il a le droit de dire ce qu'il pense, mais les lois sont celles de la République d'abord et ce ne sont pas les lois de l'Église", l'a sermonné sur franceinfo Jean-Luc Romero, délégué de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité.
Réforme sociétale majeure de la présidence d'Emmanuel Macron, la loi sur l'aide à mourir a été très décriée par l'Église catholique de France qui a dénoncé "une grave rupture anthropologique". Tribunes dans la presse, neuvaines de prières, incitation aux fidèles d'interpeller leurs parlementaires sur le sujet, elle s'est mobilisée sans relâche contre ce texte pendant tout son parcours parlementaire.
Et l'inquiétude perdure : pendant l'été, un collectif de 150 responsables d’établissements de santé d’inspiration chrétienne dénonçait "l’obligation de permettre ces actes létaux" créée par cette loi.
Le Conseil constitutionnel, s'il a validé la loi, a toutefois accédé à une de leur demande en permettant que le principe de la clause de conscience puis s'appliquer à l'échelle d'un établissement, pas seulement pour un soignant donné.
La Rédaction (avec AFP)