Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, Chris Bryant, a reconnu le 28 septembre l'échec de discussions autour du blocage d'une marche protestante dans un quartier à majorité catholique, qui provoque l'un des pires regains de tension dans la province britannique de ces dernières années.
"J'essaie de trouver une solution qui convienne à tout le monde, afin que chacun puisse sortir la tête haute de cette situation. Elle est juste un peu hors de portée pour le moment", a déclaré le ministre, qui a eu des discussions avec le porte-parole des résidents de ce quartier, Breandan Mac Cionnaith, ainsi qu'avec une délégation de l'Ordre d'Orange, organisation protestante pro-britannique à l'initiative de la marche contestée.
La crise a été déclenchée par la décision de la Commission des parades d'autoriser pour la première fois depuis près de 30 ans l'Ordre d'Orange à défiler le long de Garvaghy Road, dans un quartier à majorité catholique et nationaliste de la ville de Portadown.
Des centaines de manifestants se sont encore rassemblés le long de cette voie lundi soir, sans pour autant la bloquer, installant des abris et des stands de thé, avec de la musique. "Le pire scénario serait que la police tente de nous expulser de la route par la force, comme elle l'a fait il y a une trentaine d'années", a dit à l'AFP Paul, un menuisier de 55 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.
Le spectre des "Troubles"
Pendant la période des "Troubles", le conflit qui a opposé pendant trois décennies les nationalistes républicains, majoritairement catholiques et partisans d'une réunification avec l'Irlande, aux unionistes, principalement protestants et défenseurs du maintien de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, Garvaghy Road était l'un des principaux foyers de tension.
Le 27 septembre, des milliers de personnes avaient bloqué cette route pour empêcher le passage des membres de l'Ordre d'Orange.
Le lendemain vers 04H00 (03H00 GMT), ces derniers ont de nouveau tenté d'achever leur défilé en descendant la route depuis une église perchée en haut d'une colline où ils étaient rassemblés, avant d'être stoppés par des véhicules de police. Quelques-uns ont fait une nouvelle tentative plus tard dans la matinée, en vain. À l'issue de sa rencontre avec le ministre, la délégation de l'Ordre d'Orange a qualifié les discussions de "très constructives et approfondies".
De leur côté, les résidents du quartier de Garvaghy Road sont disposés à engager un processus de médiation, mais souhaitent qu'il soit conduit par un médiateur international, a déclaré leur représentant Breandan Mac Cionnaith à des journalistes à Hillsborough, à l'ouest de Belfast.
L'Ordre d'Orange est une confrérie politico-religieuse, protestante et unioniste, nommée en l'honneur du monarque protestant Guillaume d'Orange, qui a remporté une victoire sur les catholiques du roi Jacques en 1690 lors de la bataille de la Boyne en Irlande. Depuis 1998, année de la signature des accords de paix dits du Vendredi Saint, la Commission des parades interdisait à l'Ordre d'Orange d'emprunter Garvaghy Road.
Mais cet organisme indépendant chargé de réglementer ces défilés controversés a décidé d'autoriser cette année 35 membres de cet ordre d'emprunter cette route, sans fanfare. La justice a finalement confirmé en appel samedi soir cette décision.
La Première ministre d'Irlande du Nord, Michelle O'Neill, membre du parti nationaliste irlandais Sinn Féin, a qualifié dimanche soir le blocage de la route de "victoire" pour les habitants opposés à ce qu'elle a décrit comme des actes d'intimidation sectaire.
Sa présence sur les lieux du blocage a suscité de vives critiques dans les rangs unionistes. Le chef du Parti unioniste démocrate (DUP), Gavin Robinson, l'a accusée d'avoir enfreint la loi. Aucune violence ni arrestation n'avait été signalée depuis le début de cet épisode de tensions à Portadown, où ont été déployés des blindés et des policiers antiémeutes.
La Rédaction (avec AFP)