Leah Sharibu, captive depuis huit ans : "Un symbole de la persécution des chrétiennes au Nigeria"

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À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, célébrée ce vendredi, l’ONG Portes Ouvertes s’est associée à la Fédération protestante de France dans le cadre de la campagne Voices4Justice. Ensemble, elles mettent en lumière l’histoire de Leah Sharibu, retenue captive en raison de sa foi chrétienne au Nigeria.

La violence sexuelle est de plus en plus répandue. Voici le constat émis par les Nations Unies à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, qui se tient ce vendredi. L’objectif est de sensibiliser, d’exprimer sa solidarité envers les victimes et de rendre hommage à ceux qui luttent contre ces violences.

Organisée depuis 2015, cette journée met en lumière l’utilisation de la violence sexuelle "de manière délibérée comme tactique de guerre pour terroriser les communautés, provoquer des déplacements forcés ou exercer un contrôle sur les populations".

À cette occasion, l’ONG de défense des chrétiens persécutés Portes Ouvertes s’est associée à la Fédération protestante de France dans le cadre de la campagne Voices4Justice pour appeler à la libération de Leah Sharibu. Cette jeune nigeriane est retenue captive en raison de sa foi chrétienne. "Elle illustre un cas tristement emblématique des souffrances innommables que subissent les femmes, notamment chrétiennes, dans le nord du Nigeria", nous a confié Guillaume Guennec, chargé de plaidoyer pour Portes Ouvertes.

"Son histoire est un symbole de la persécution des chrétiennes. Cette journée est donc l’occasion de mettre en lumière une situation trop peu médiatisée."

"Esclave à vie"

Leah Sharibu a été enlevée avec 109 autres élèves dans son école à Dapchi, dans l’État de Yobe, dans le nord du Nigeria, en 2018. Âgée de seulement quatorze ans au moment des faits, elle est la seule fille qui n’a jamais été libérée par les terroristes du groupe ISWAP (issu d’une scission avec Boko Haram) en raison de sa foi. Pour avoir refusé de renier le Christ et de se convertir à l’islam, elle est devenue "esclave à vie".

Dans un communiqué publié le 17 juin, ses parents abordent les "épreuves inimaginables" que Leah Sharibu a dû endurer. Mariages forcés, traumatismes répétés, accouchement en captivité et violences sexuelles sont autant de sévices rapportés par les victimes qui ont réussi à s’enfuir. "En tant que parents, chaque jour sans Leah est une blessure qui s’approfondit", ont-ils écrit, avant d’ajouter :

"Pourtant, nous gardons la foi. Nous croyons, comme nous l’avons toujours dit à Leah et au monde entier, que Dieu, qui voit les opprimés, la ramènera à la maison."

Dans cette terrible histoire, Guillaume Guennec tient à souligner "le courage de cette chrétienne qui a refusé de renier sa foi alors que c’était le prérequis pour être libre". Il s'alerte également de sa situation, affirmant : "Quand on sait le sort réservé aux captives, il y a de quoi s’inquiéter."

Un appel adressé à la communauté internationale

Au Nigeria, pays classé 7e dans l’Index mondial de persécution 2026 de Portes Ouvertes, 2 293 chrétiens ont été kidnappés dans le pays l’année passée. Selon l'Observatoire pour la liberté religieuse en Afrique (ORPHA), 771 femmes et 68 filles chrétiennes ont été enlevées entre octobre 2024 et septembre 2025. "Ces chiffres doivent nous alarmer !", s’inquiète Guillaume Guennec.

De leurs côtés, les experts de l’ONU ont mis en garde contre "les violations des droits contre les femmes et les filles des communautés chrétiennes" au Nigeria, dans un communiqué de presse publié le 8 juin. Ils évoquent notamment : 

"Des rapports crédibles de meurtres, d'enlèvements, de violence sexuelle, de conversion forcée, de mariage forcé, d'actes équivalents à des disparitions forcées ciblant les communautés chrétiennes et d'autres communautés minoritaires religieuses au Nigeria, en particulier les femmes et les filles, [qui] sont alarmants."

L’ONG Portes Ouvertes et la Fédération protestante de France se joignent ainsi à l’appel de la famille adressé à la communauté internationale pour intensifier les efforts visant à libérer Leah et mettre fin aux violences sexuelles en temps de conflit.

"Nous appelons le gouvernement nigérian, les dirigeants régionaux, la communauté internationale et toutes les personnes de conscience à intensifier leurs efforts pour la libération immédiate et inconditionnelle de Leah. Les négociations, la pression diplomatique, le partage de renseignements et les opérations de sauvetage ciblées ne doivent pas faiblir. La liberté de Leah est une question d’urgence nationale et un impératif moral."

"À Leah, où que tu sois, nous t’aimons infiniment", ont conclu les parents, qui affirment être fiers de la foi "inébranlable" de leur fille. De leurs côtés, les partenaires de terrain de l’ONG Portes Ouvertes ont révélé avoir déjà rendu visite à la famille de la jeune fille. Aux victimes de violences, ils proposent leur l’aide, notamment en les faisant intégrer des centres de soins post-traumatiques.

Face à cette situation, l'ONG propose d'envoyer un courrier à son député(e) afin de lui demander "d’encourager le gouvernement nigérian à tout faire pour obtenir la libération de Leah". 

Mélanie Boukorras

Crédit image : Portes Ouvertes

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