Le 12 avril, Le Parisien a publié un reportage sur les tensions qui peuvent exister entre les églises évangéliques et les habitants proches de ces lieux de culte. Ils estiment être incommodés par le bruit et les va-et-vient des fidèles, parfois à des heures tardives. Une problématique identifiée par le CNEF qui indique plaider auprès des pouvoirs publics "afin de favoriser des implantations qui garantissent à la fois la sécurité des fidèles et la tranquillité des riverains".
Dans la zone industrielle des Jardins d’Alfortville, en région parisienne, se trouvent au moins treize églises évangéliques. Parmi elles, l’église Filadelfia, le Centre de Réveil Spirituel ou encore La Compassion. Cette dynamique traduit de l’essor du protestantisme évangélique et de la multiplication de ces églises.
Dans un reportage publié le 12 avril sur YouTube, Le Parisien met en avant une réalité commune à ces églises, ainsi qu'à de nombreuses autres en France : le manque de lieux de culte adaptés. Voitures qui se garent en double file et gênent dans la rue, musique trop forte qui dérange les riverains, culte parfois prolongé jusqu’au petit matin, autant de désagréments auxquels sont soumis les riverains habitant à côté.
Un groupe de voisins a ainsi essayé de faire pression sur les autorités. Une plainte a par ailleurs été déposée, mais des poursuites pénales n’ont pas été engagées car "les faits dénoncés ou révélés dans le cadre de cette procédure ne sont pas punis par un texte pénal".
"J’habite au 3e étage et, du vendredi soir au dimanche soir, j’entends du bruit et des klaxons", témoigne une jeune femme qui habite près d’une de ces églises. "Je travaille toute la semaine, je me lève à 6 heure, je rentre, il est 20 heure, et le week-end je ne peux pas me reposer", ajoute-t-elle. Un autre homme a déclaré quant à lui avoir des consulté des médecins.
Un parcours du combattant
"Les églises évangéliques manquent d’espaces cultuels", affirme Sébastien Fath, historien spécialiste du protestantisme évangélique. Il souligne notamment le besoin de se faire connaître et de disposer de fonds financiers afin de déménager dans un local adapté pour "accueillir le public dans de bonnes conditions". En attendant, elles trouvent des solutions provisoires, pas toujours adaptées.
Le pasteur Pierre, de l’Église de Dieu primitive, appuie cette réalité : "Le but n’est pas de rester ici, c’est juste pour un temps." Dans plusieurs églises, des cagnottes sont d'ailleurs ouvertes afin de récolter de l’argent pour acheter un local plus adapté.
De son côté, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) s’est déjà saisi de cette question. "Nous suivons avec attention les problématiques liées à l’implantation des églises locales dans des zones industrielles ou des locaux inadaptés, comme cela est parfois rapporté dans l’actualité", nous a confié Romain Choisnet, directeur de la communication.
"Il existe aujourd’hui un contraste flagrant entre les cultes historiques (catholiques ou protestants réformés/luthériens), qui bénéficient souvent d’édifices publics affectés au culte, et les associations évangéliques. Ces dernières doivent supporter seules l’acquisition, la mise aux normes et l’entretien de leurs locaux, dans un contexte de croissance constante des communautés."
Pour obtenir un local pour l'excercice du culte, trois freins ont été identifiés par le CNEF. Tout d’abord, les difficultés financières, avec le coût de l’immobilier qui pèse lourdement sur les budgets ; puis les obstacles bancaires, car l’accès au crédit est complexe pour les associations religieuses ; et enfin les freins administratifs et municipaux, notamment à cause des refus de permis de construire ou des modifications de PLU.
Le cas particulier des églises des diasporas révèle des difficultés encore plus profondes. "Souvent plus précaires financièrement et confrontées à des réticences accrues, elles n’ont parfois d’autres choix que de se replier sur des 'solutions d’attente' dans des zones périphériques ou des entrepôts", explique l’organisation.
"La question de l’accès à un lieu de culte décent est un sujet majeur pour la liberté d’exercice du culte en France", conclut le CNEF.
"Nous continuons de plaider pour une meilleure compréhension des besoins des Églises évangéliques par les pouvoirs publics, afin de favoriser des implantations qui garantissent à la fois la sécurité des fidèles et la tranquillité des riverains."
À la fin du reportage, la journaliste pose à un riverain la question suivante : "Préféreriez-vous que ces églises ferment ?" Celui-ci lui répond simplement : "Pas forcément, juste qu'elles se rendent compte qu’on est des riverains et qu’on a envie de dormir." Cette prise de parole montre qu’une cohabitation reste possible, à condition que chacun prenne en compte les contraintes et les besoins de l’autre.
Mélanie Boukorras