Dans une tribune transpartisane, quinze personnalités politiques ont affiché leur opposition à la légalisation de la GPA, un projet relancé par Gabriel Attal. Une prise de position saluée par le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, qui souligne que cette pratique "nourrit la traite des êtres humains".
Peu après avoir annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, Gabriel Attal a relancé le débat sur la gestation pour autrui (GPA), une réforme qu’il défend depuis plusieurs années. Cette pratique consiste à implanter dans l’utérus d’une mère porteuse un embryon issu d’une fécondation in vitro ou d’une insémination. L’enfant est ensuite remis, après sa naissance, au couple qui en a fait la demande. En France, la GPA est interdite, bien que plusieurs centaines de Français y aient recours chaque année à l’étranger.
Gabriel Attal est partisan d’une légalisation de la GPA dite "éthique", c’est-à-dire sans transaction commerciale. Pour Irène Théry, directrice d’études à l’EHESS et sociologue du droit, de la famille, du genre et de la parentalité, cette notion repose également sur la qualité des relations entre la mère porteuse, le couple qui fait appel à elle et l’ensemble des personnes impliquées dans le processus.
Face à cette volonté de légalisation de la GPA, quinze personnalités politiques de tous bords ont signé une tribune transpartisane à l’initiative de la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé. Les signataires sont : François Baroin, Nicole Belloubet, Xavier Bertrand, Jean-Michel Blanquer, Agnès Buzyn, Rachida Dati, Nathalie Delattre, Agnès Firmin Le Bodo, David Lisnard, Véronique Riotton, Laurence Rossignol, Frédéric Valletoux, Manuel Valls et Dominique Vérien.
Le cœur de leur prise de position est clair : non, il n’existe pas de GPA "éthique" et non, "nous n’avons pas le droit de mettre le corps des femmes à la disposition du désir d’autrui".
"Derrière l’éthique, il y a un marché estimé à près de 15 milliards de dollars en 2023, promis à plus de 100 milliards d’ici 2033. Un système organisé autour d’une logique d’offre et de demande où prospèrent agences et intermédiaires, dans lequel les femmes qui portent les enfants des autres sont rarement celles qui détiennent le pouvoir."
"Car le corps humain n’est pas une ressource, la maternité n’est pas une prestation et le principe d’indisponibilité du corps humain n’est pas un archaïsme, mais un rempart contre l’idée que tout puisse devenir objet de contrat", poursuit le texte avant d’ajouter :
"À quelques mois d’une campagne présidentielle qui verra ce sujet s’inviter dans le débat, nous voulons poser des bornes claires : une civilisation ne se définit pas seulement par ce qu’elle a le pouvoir de faire ; elle se définit aussi par ce qu’elle choisit, collectivement, de ne pas faire."
"Un service négociable"
Interrogé, Franck Meyer, président du Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, nous a confié être "très heureux" de voir des personnalités réagir aux propos de Gabriel Attal. "Dire qu’il n’existe pas de GPA éthique et que toute GPA constitue une instrumentalisation de la femme est une position très saine", a-t-il poursuivi.
"On ne peut pas être candidat à l’élection présidentielle tout en étant favorable à un système qui nourrit la traite des êtres humains."
Du côté du Vatican, le pape Léon XIV s’inscrit dans la continuité du pape François en appelant à une interdiction universelle de la GPA, qu’il considère comme une pratique sacrifiant l’intérêt de l’enfant au profit du désir des adultes.
"En transformant la gestation en un service négociable, la GPA viole la dignité tant de l’enfant, réduit à un produit, que de la mère, en instrumentalisant son corps et le processus de procréation et en altérant le projet relationnel originel de la famille", avait déclaré le souverain pontife.
Mélanie Boukorras