Depuis le 22 juin, les députés examinent la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, dont l’adoption est prévue le 15 juillet prochain. À cette occasion, InfoChrétienne a rencontré le Dr Christian Passot, membre du Collectif pour le respect de la médecine. Il s’oppose à ce projet de loi jugé "dangereux" et alerte notamment sur des critères qu’il estime "très flous" pour pouvoir bénéficier de l’euthanasie.
- InfoChrétienne : En tant que médecin généraliste, quel regard portez-vous sur la loi relative à la fin de vie ? Quelles sont vos principales inquiétudes ?
Docteur Christian Passot : Ce projet de loi modifie considérablement la conception du soin en médecine et crée une confusion entre ce qui relève du soin et ce qui n'en relève pas. À l'origine, cette loi relative à la fin de vie proposait un volet consacré aux soins palliatifs ainsi qu'un volet concernant l'aide à mourir, c'est-à-dire l'euthanasie et le suicide assisté. Ce dernier volet est dangereux, car les soignants ne sont pas là pour donner délibérément la mort : ce n'est pas leur rôle.
Le projet de loi vise aussi des personnes qui ne sont pas en fin de vie, mais atteintes d'une maladie incurable. C'est très flou. Les critères permettant de bénéficier de cette aide sont mal définis. En Belgique, au Luxembourg ou encore au Canada, après l'adoption de lois similaires, l'euthanasie s'est progressivement étendue et concerne désormais également les mineurs, les personnes handicapées ou atteintes de troubles psychiatriques. Lors d'un débat parlementaire, j'ai déjà entendu un député s'interroger sur la raison pour laquelle il faudrait limiter cette loi aux seules personnes majeures. Une telle loi peut donc être progressivement élargie en abaissant l'âge requis ou en multipliant les pathologies concernées.
Le sujet n'est pas tant la souffrance, que l'on peut dans la majorité des cas traiter. Dans les situations les plus extrêmes, la loi Claeys-Leonetti permet déjà la mise en œuvre de sédations profondes et continues. Mais cette loi est encore insuffisamment connue et appliquée.
- InfoChrétienne : Le 10 juin dernier, les députés ont retiré du texte plusieurs dispositions controversées, dont la création d’un délit d’entrave. Cette décision a été saluée par certains professionnels de santé qui craignaient une atteinte à la liberté de conscience. Pensez-vous que cette liberté fondamentale sera réellement préservée dans le cadre de cette loi ?
Docteur Christian Passot : Cette liberté est partielle, car elle ne concerne pas tout le monde. Les médecins bénéficient d'une clause de conscience, mais pas les pharmaciens, par exemple, puisqu'ils ne sont pas ceux qui administrent la substance létale.
De plus, les directeurs d'établissements confessionnels ne sont pas protégés : ils sont tenus d'organiser et de mettre à disposition ce qui est nécessaire pour respecter la loi, même si leurs établissements souhaitent protéger la vie jusqu'à son terme. Cette liberté est également limitée, puisque le médecin a l'obligation d'orienter dans les meilleurs délais son patient vers un confrère susceptible de réaliser l'acte. Je trouve cela quelque peu hypocrite.
- InfoChrétienne : Selon vous, ce projet de loi pourrait-il modifier la relation qui existe entre le médecin et son patient ?
Docteur Christian Passot : Le fondement de la médecine, c'est la confiance entre le médecin et son patient. Celui-ci ne doit jamais se demander si son médecin agit dans son intérêt ou parce qu'il manque de temps ou de place dans son service. J'ai des patients qui, après un rendez-vous avec un spécialiste, viennent me demander ce que j'en pense. Il existe une véritable relation de confiance. Avec cette loi, certains patients pourraient devenir méfiants vis-à-vis de leur médecin.
- InfoChrétienne : Comment votre foi chrétienne influence-t-elle votre pratique médicale et votre regard sur les questions de fin de vie ?
Docteur Christian Passot : Lorsqu'on a la foi, on ne l'a pas uniquement le dimanche matin. C'est quelque chose qui nous accompagne dans tous les domaines de notre vie, à la maison, dans la société et dans notre travail. Je n'en parle pas avec mes patients, mais j'essaie d'être éclairé au quotidien dans les décisions que je prends.
- InfoChrétienne : Vous avez eu l’occasion d’être auditionné au Sénat sur ce sujet. Pouvez-vous revenir sur cette expérience et nous expliquer quels messages vous avez souhaité porter auprès des parlementaires ?
Docteur Christian Passot : J'ai rencontré, en tant que membre du Collectif pour le respect de la médecine, certains députés à l'Assemblée nationale. J'ai répondu à une invitation visant à échanger et à débattre autour du projet de loi sur la fin de vie. Un anesthésiste et un neurologue favorables à ce projet étaient également présents. Nous avons chacun présenté nos arguments devant les députés.
Le rôle du médecin n'est pas de mettre volontairement fin à la vie de son patient, et je pense que c'est l'avis de la majorité des médecins. Si cette loi devait être adoptée, elle serait dangereuse, car il est impossible de l'encadrer de manière totalement sûre et certaine. D'autres pathologies, qui ne sont aujourd'hui pas mentionnées dans le texte, pourraient rapidement être concernées au nom de l'égalité de traitement.
Enfin, cette loi envoie, selon moi, un message désastreux aux personnes les plus fragiles de notre société : les personnes handicapées, celles atteintes de maladies chroniques sévères, les patients en réanimation ou encore les personnes âgées. Sous couvert de compassion, elle risque de leur faire comprendre que leur vie ne vaut plus la peine d'être vécue.
Propos recueillis par Mélanie Boukorras