Des hommes armés de fusils et de machettes ont tué au moins 24 personnes dans la nuit du 17 au 18 dans l'État du Plateau, au centre du Nigeria, en proie à des conflits communautaires récurrents, ont déclaré hier des survivants à l'AFP.
Les éleveurs itinérants musulmans de l'ethnie peule sont depuis longtemps en conflit avec les agriculteurs sédentaires du Plateau, dont beaucoup sont chrétiens, au sujet de l'accès aux terres et aux ressources.
"Nous dormions, nous avons entendu des bruits, des gens de notre quartier criaient", a déclaré à l'AFP Mathew Joseph, du village de Bin-Per, dans la circonscription de Mangu, à propos de l'attaque de lundi soir.
"J'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu des hommes armés s'approcher de notre maison. Avant qu'ils n'arrivent, nous avons réussi à nous enfuir", a-t-il raconté.
Il a indiqué que 24 personnes avaient été tuées, un bilan identique à celui donné par Muftwan Yamput, un habitant qui a déclaré que ses voisins avaient été massacrés.
"Nous avons échappé de justesse à la mort, mais mes voisins ont été attaqués, deux personnes ont été tuées chez elles", a-t-il déclaré à l’AFP.
Matthew Sylvester Kwarpo, élu de la circonscription de Mangu,a confirmé la mort "de 25 personnes à Bin Per".
"La situation (...) a également entraîné l’incendie de 38 maisons, la destruction de réserves de céréales et d’autres biens de valeur, ainsi que la destruction de plusieurs hectares de terres agricoles, causant ainsi de graves difficultés aux communautés touchées et menaçant leurs moyens de subsistance", a-t-il affirmé dans un communiqué mardi.
La police n’a pas répondu à une demande de commentaires.
Les terres utilisées par les agriculteurs et les éleveurs dans cette région centrale du Nigeria subissent la pression du changement climatique et de l’expansion humaine, ce qui déclenche une concurrence meurtrière pour un espace de plus en plus limité.
L’accaparement des terres pour les ressources minérales et minières, les tensions politiques et économiques entre les habitants locaux et ceux considérés comme des étrangers, ainsi que l’afflux de prédicateurs musulmans et chrétiens radicaux, ont exacerbé les divisions au cours des dernières décennies.
Lorsque la violence éclate, la faiblesse des forces de l’ordre peut entraîner des attaques de représailles, qui se produisent souvent au travers de clivages communautaires.
Les meurtres de Bin-Per font suite à l'assassinat, la semaine dernière, de deux éleveurs de la région. Ces meurtres ont été suivis de représailles présumées contre le village voisin de Maitimbe, au cours de laquelle plusieurs maisons ont été incendiées.
Certains ont qualifié ces violences dans l’État de "persécutions" à l’encontre des chrétiens, des accusations rejetées par le gouvernement d’Abuja et par des chercheurs indépendants.
L’État du Plateau a également été le théâtre d’émeutes urbaines opposant différentes communautés religieuses, qui ont fait des centaines de morts ces dernières années.
La Rédaction avec (AFP)