Après les violences survenues en France depuis le 17 octobre, le pasteur Simon Reichör, de l’église BOOM à Marseille, lance un appel aux chrétiens: ne pas rester spectateurs, mais répondre aux destructions par des actes concrets de solidarité et d’amour. Un message fort pour une Église appelée à agir au cœur de la société.
Les images de violences et de dégradations depuis le 17 octobre nous bouleversent. Des monuments abîmés, des mairies saccagées ou brûlées, des vitres brisées, des commerces pillés et des rues dévastées. Mais derrière ces images, il y a surtout des visages, des familles, des vies, parfois des années de travail réduites à néant.
Je suis arrivé en France il y a vingt et un ans, et c'est ce pays qui m'a accueilli. J'aime profondément sa culture, son histoire, sa langue et sa diversité. C'est justement parce que j'aime la France que je refuse de regarder sa souffrance avec indifférence.
Manifester est un droit, détruire n'en est pas un.
Le droit de manifester est une liberté fondamentale. Les préoccupations exprimées dans la rue, qu'elles concernent le pouvoir d'achat, l'avenir de la jeunesse ou les difficultés quotidiennes, méritent d'être entendues. Des citoyens se mobilisent pacifiquement pour défendre leurs convictions, et il est essentiel de respecter leur voix. Mais manifester ne donne jamais le droit de voler, de piller, de détruire ou de menacer. La violence n'est pas une revendication. Elle finit même par étouffer les messages de ceux qui voulaient juste être entendus. Lorsqu'une boutique est saccagée, les premières victimes ne sont pas des symboles abstraits : ce sont des personnes bien réelles. Renverser ces violences n’est pas refuser le débat démocratique. C’est rappeler que la colère ne justifie pas de détruire la vie d’autrui.
Derrière chaque vitrine, une histoire
On parle souvent de "dégâts matériels". Pourtant, derrière une boutique, il y a parfois vingt ans de travail, des économies patiemment mises de côté, un crédit à rembourser, des salariés à payer, et une famille qui dépend de cette activité. Imaginez un commerçant qui découvre sa vitrine fracassée le matin. Une restauratrice qui ne sait pas si elle pourra rouvrir. Un artisan qui voit ce qu'il a construit disparaître en quelques minutes.
Le choc, la peur, la fatigue et ce sentiment terrible d'avoir été abandonné. Ces gens ne sont pas seulement des victimes que l'on voit quelques secondes au journal télévisé. Ce sont nos voisins. Nous croisons peut-être leurs visages chaque semaine, sans les connaître, mais aujourd'hui, ils ont besoin de beaucoup plus que notre indignation.
Prier, oui. Mais aussi agir
À l’église BOOM de Marseille, nous prions pendant nos cultes pour notre pays, pour la paix et pour toutes les personnes touchées. Nous croyons profondément à la puissance de la prière. Elle n'est pas une solution de dernier recours: elle fait partie de notre façon de vivre notre foi. Mais prier ne doit pas devenir une excuse pour rester immobile. Lundi, nous avons rencontré les commerçants touchés par cette crise. Nous ne venions pas défendre un parti, donner des leçons ou faire de grands discours. Nous voulions seulement être présents, écouter et dire: "Vous n'êtes pas seuls". Nous avons proposé notre aide, partagé des paroles d'encouragement et prié avec ceux qui le souhaitaient. Nous avons également distribué 150 cookies et 130 cinnamon rolls.
Ce ne sont que de petites douceurs, bien sûr. Elles ne réparent pas une vitrine et ne remplacent pas une journée de chiffre d'affaires. Mais elles transmettent un message simple: quelqu'un a pensé à vous, quelqu'un s'est déplacé pour vous. Quelques commerçants étaient profondément affectés. Dans leurs yeux, on pouvait lire la peur, mais aussi l’émotion d’être touchés par notre geste d’amour.
Je pense notamment à ce bijoutier qui était en pleurs, car vingt ans detravail venaient d’être anéantis en quelques minutes. Au fil de ces rencontres, nous avons vu combien une attention sincère pouvait compter, particulièrement quand les mots commencent à manquer.
Un appel aux chrétiens de France
C'est pourquoi je veux aujourd'hui lancer un appel aux chrétiens de toutes les Églises, de toutes les sensibilités et de toutes les villes de France: ne restons pas spectateurs de la souffrance qui nous entoure. Si des commerçants dans votre quartier ont été touchés, allez les voir. Écoutez leur histoire, demandez-leur comment ils vont. Proposez un coup de main, une présence, un café ou une aide pratique. Et s'ils le désirent, priez avec eux. Sans pression, sans attente et sans arrière-pensée.
Allons également à la rencontre de nos mairies. Demandons-leur comment nous pouvons les aider, ou simplement faisons-leur savoir que nous sommes là pour les soutenir et les bénir. Montrons concrètement que l'Église est présente, qu'elle aime sa ville et qu'elle veut être une bénédiction pour ceux qui la font vivre. Nous n'avons tous pas les moyens de reconstruire un commerce. Mais nous avons tous quelque chose à offrir: du temps, de l'attention, de la compassion, une présence fidèle.
L'Église ne peut se limiter à ses rassemblements le dimanche. Jésus nous appelle à être le sel de la terre et la lumière du monde. La lumière ne sert à grand-chose si elle reste cachée lorsque tout devient sombre. Un amour qui se voit L'apôtre Jean écrit qu'il ne suffit pas d'aimer en paroles, mais qu'il faut aimer en actes et en vérité (1 Jean 3:18). Voilà le défi.
Nous pouvons multiplier les déclarations, les publications et les messages de soutien. Mais notre prochain a aussi besoin de gestes concrets. L'amour chrétien n'est pas seulement un sentiment ou une bonne intention : il se traduit par des actions.
Cet appel ne vise aucun parti politique, aucune communauté, aucun camp. Il ne s'agit pas d'ajouter de la colère à la colère. Il s'agit de choisir une autre réponse : là où la violence a laissé des blessures, apporter de la consolation ; là où la peur s'est installée, recréer de la confiance ; là où certains ont détruit, contribuer à relever.
Je crois que notre pays a besoin de femmes et d'hommes capables de bâtir des ponts plutôt que de construire des murs. Et je crois que les chrétiens peuvent prendre leur part, humblement, sans prétendre résoudre toutes les tensions de notre société à eux seuls.
La France, nous t'aimons. Et nous voulons que cet amour se voie, dans nos rues, nos quartiers et nos villes.
Chrétiens de France, à nous de jouer... à nous d'aimer!
Simon Reichör – Pasteur église BOOM