Entre polémique sur la sainte patronne du Brésil et débat télévisé annulé à la dernière minute, la campagne en vue du premier tour de l'élection présidentielle le 27 septembre au Brésil touche à sa fin dans une ambiance tumultueuse.
Le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, briguera un quatrième mandat et aura pour principal adversaire le sénateur de droite Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils de l'ex- président Jair Bolsonaro (2019-2022).
Donald Trump a dit suivre "de très près" une élection "très importante" dans le plus grand pays d'Amérique latine. Une vague de droite a porté ces derniers temps au pouvoir des candidats soutenus par le président américain dans la région, comme en Colombie et au Pérou.
Lula dispose d'une légère avance dans les sondages, mais les deux favoris apparaissent dans un mouchoir de poche en cas d'éventuel second tour le 25 octobre. Pour un tel second tour, un sondage de l'institut Datafolha donne le chef de l'État sortant en tête des intentions de vote avec 48%, contre 45% pour son rival.
TV Globo, la plus grande chaîne du pays, a annoncé le 26 septembre au soir à la dernière minute l'annulation de son débat présidentiel, peu après que Flavio Bolsonaro a renoncé à y participer. Lula avait déjà fait savoir qu'il ferait l'impasse, évitant ainsi de se retrouver sous les tirs croisés du fils Bolsonaro et de petits candidats de droite.
Flavio Bolsonaro a dénoncé sur le réseau social X une "censure" du Tribunal supérieur électoral, qui avait décidé que TV Globo ne pourrait pas laisser sur le plateau une chaise vide montrant l'absence de Lula. Selon lui, il s'agit d'une "ingérence de la justice dans les élections", qui crée un "déséquilibre". Pour échauffer encore un peu plus les esprits, un sac à dos jeté devant la Cour suprême à Brasilia en début de soirée a fait craindre la présence d'un engin explosif. Danger écarté ensuite par les policiers déployés sur place.
Le bâtiment se situe sur la place des Trois-Pouvoirs de Brasilia, cœur de la démocratie brésilienne, où se trouvent également le palais présidentiel de Planalto et le Parlement.
Sainte controverse
Dans la dernière ligne droite, la campagne a été marquée par une polémique autour de Notre-Dame d'Aparecida, sainte patronne du Brésil, dans l'un des pays comptant le plus de chrétiens au monde.
Des publications devenues virales affirmaient que s'il arrivait au pouvoir, Flavio Bolsonaro retirerait à cette Vierge, représentée comme une femme noire, son titre de sainte patronne. Un ordre de supprimer ces publications a été approuvé par la majorité du tribunal électoral lors d'un vote en ligne.
La question est sensible dans un pays où les catholiques, majoritaires et plus enclins à soutenir Lula selon les enquêtes, vénèrent Notre-Dame d'Aparecida. Les évangéliques, en revanche, ne reconnaissent pas son culte. Cette confession n'a cessé de gagner du terrain ces dernières années et est devenue une base électorale majeure pour la droite.
Les publications polémiques s'appuyaient sur un projet de loi présenté en 2007 par un député conservateur, qui visait à limiter le patronage de la Vierge aux catholiques, mais qui avait été enterré l'année suivante. Le candidat conservateur, lui-même évangélique, a démenti tout projet en ce sens et accusé le gouvernement de diffuser des "fake news" (fausses informations).
De son côté, Lula a martelé que "s'en prendre à Notre-Dame d'Aparecida n'est pas acceptable". Le Brésil concentre la deuxième plus grande population chrétienne au monde, derrière les États-Unis, selon une étude du Pew Research Center.
La Rédaction (avec AFP)